La première fois que j’ai entendu
parler de Jeanne d’Arc, je ne m’en souviens plus.
Ensuite mes parents m’abonnèrent au
Journal de Mickey, et plus tard à Tintin, et à Spirou aussi, et celui que je
préférais entre tous était Spirou, avec les histoires de Spirou et Fantasion,
le Dictateur et le Champignon, le Marsupilami, le comte de Champignac, tout ça.
Entrestant, de Jeanne d’Arc, point. Alors que par contre je
lus, m’en souvient-il, la vie de Jeanne Hachette en Bandes dessinées
dans le Journal de Mickey. (Ainsi d’ailleurs que la Guerre du
Feu.) Jeanne Hachette, ça c’était une héroïne, sur les créneaux
de je ne sais trop où, avec sa hachette. Une fille qui se bat
à la hache, ça a quand même une autre gueule qu’une illuminée
bouteuse d’Anglois, une fouille merde, en somme, à qui personne
ne demandait rien, une Jeanne d’Arc, donc, qui — si vous voulez
mon avis — devait afficher une sacrée dégaine et pas grand chose
à voir ni avec Ingrid Bergman ni avec l’ex-copine de Besson Luc
dont j’ai momentanément oublié le nom à défaut de la plastique.
Parce que quand même, allez, la Jeanneton, dans son armure mastarde
modèle pue-la-sueur, elle devait quand même avoir plus qu’à son
tour le slip isabelle, non ? allez… et puis il fallait le porter,
le caraco en cotes de mailles, il n’y a que mailles qui m’aille,
aïe, aïe, aïe, ha ha ha, et les collants pareil, façon laiton
une maille à l’envers une à l’endroit, on n’était pas fluet, dans
ce temps-là.
Donc, hein, Jeanne gracile, je t’en foutrai, tiens! Jeanne
balèze, oui, avec des épaules à la Douillet et un cul de jument,
et de la tchatche à revendre, une espèce de Marielle Goistchelle
(comment ça s’éternue encore, ça ?) de l’avant-ski, je vois ça
d’ici — une gonfleuse, et Jésus par-ci, Jésus par-là, tous les
quatre mots. M’étonne plus que Le gros Pen se la soit embarquée
comme tête d’affiche, tiens, les mêmes grandes gueules aux dents
longues je le vois bien, le gros lard, à l’époque non pas aller
se battre avec la blouson noir, mais recruter pour céziguette,
oui, à grand discours).
Bon.
En fait, c’est pas que je ne l’aime
pas, Jeannette, c’est qu’elle me saoule avec ses bons sentiments poisseux.
Patrick Sébastien, tiens, ce genre-là dans le discours. La dentelle de
Barrois, c’est pas réputé. Le miel, si. Elle te marche sur les pieds, elle
dit même pas pardon, elle attend avec le sourire que ce soit toi qui t’excuses
tu vois, d’avoir glissé ton orteil sous ses gros sabots, avec lesquels elle
passait par la Lorraine. Tu vois le genre. Un genre pas recommandable. Déjà,
madame entend des voix. N’importe qui d’autre, à sa place, on te l’envoie
se faire soigner la tête, ou bien on convoque le désenvoûteur de service et
on te lui désinoccule le Malin du cervelet, à coup de pompes dans le derche s’il
le faut, on lui met trois baffes pour conclure et si elle persiste on la passe
un petit coup aux brodequins et grésillons et si ça suffit pas, crac, le
bûcher, en désespoir de cause et parce qu’elle nous fatigue.
Remarquez, le bûcher…
Oui, mais n’importe qui d’autre, on ne lui laisse pas le temps
de délivrer Orléans ni même d’y aller visiter la basse ville et
d’envoyer une carte postale, rien. N’importe qui d’autre ça fait
pas un pli. Alors pourquoi elle? Je demande. Parce qu’elle est
pistonnée, je réponds. Sponsorisée grave, et elle a du blé, tout
en gardant ses moutons. Ses parents, « riches fermiers »,
ont de la thune. Ça aide. Même pas Lorrains - Le Barrois, c’est
pas la Lorraine, que je sache, si ? A vérifier. Mais j’en ai bien
peur. Friquée, donc, la grosse meuf, et un sens inné de la communication,
la gamine en veut. Je m’étonne qu’elle n’ait pas écrit un bouquin,
tiens, comme l’autre gourdasse de ce truc télévisé débile, cette
sorte de blonde. Au fait, elle était blonde la d’Arc ? Ça lui
irait bien, non ? Et savez-vous que Du Guesclin en était amoureux
? Qu’ils ont même eu une aventure, avec couverture du Match de
l’époque, et que c’est à cause de ça que Gilles de Rais a pété
les plombs et s’est rabattu à couilles sur les gamins et bergerettes
de ses environs. Par déception. Oui madame. C’est la faute à Jeanne,
au fond, si ce grand salaud a viré pédo-sado.
Une flambeuse, la garce. Une excitée,
toute feu toute flamme.
Une allumée.
Un destin.
Tellement un destin, d’ailleurs, que
force nous est bel et bien de constater qu’il fut quand même hors du commun,
et que du coup plusieurs épisodes nous seront nécessaires pour le narrer, de
Domrémy à Stalingrade. En voici le number one, il suffit de cliquer sur les
belles zimages, hop :
Et maintenant, un peu de patience, la suite se concocte.
Quant à Jeanne Hachette, à part les Éditions,
qu’a-t-elle laissé dans nos mémoires amnésique-sique-sique ? Mm
?
Nada.
C’est une honte. Tout simplement.
Et Clarinette Duval ? Qu’a donc laissé Clarinette Duval à la
postérité ? Qui se souvient de Clarinette ?
Injusticieuse Histoire des nantis, pensée
et écrite par des esprits et des doigts bourgeois…