Adoncque (comme le capitaine), ainsi que vous le pûtes
constater, nous fûmes retardés dans la narration de notre grande romance. Nous
vous en implorons le pardon. Le retard eut diverses causes :
Uno) météorologiques, les causes, qui nous couchèrent sous
la neige au point que le raccord des scènes en tournage s’avéra impossible,
ou alors cochonné (s’avéra cochonné, il y a là jeu de mots possible qu’un
oeil exercé à cet exercice pourra sans mal déceler, quand aux autres tant pis
pour eux, nous ne sommes point là non plus pour faire dans le facile et la
démagogie, qu’ils continuent leur route comme si de rien n’étoit).
Dos) ensuite, de submergement, les causes, sous différentes
urgences à assurer, ce qui fut fait à peu près à satisfaction. A peu près.
Tres) enfin, une fatigue, comme qui dirait, traversant une
période de questionnements existentiels, comme qui répéterait, sur la
nécessité absolue de témoigner ainsi à travers Les Bocals, des
grandes épopées de ce monde… Doutes, doutes… et puis nous vîmes moult
fois Maurice Dantec à la télé et le sacré Momo par sa présence et ses dires
nous redonna le courage qu’il fallait et nous asséna la preuve que nous
avions encore largement à parcourir pour atteindre aux limites (sans retour ?)
des étendues insondables que hante le ridicule et l’esbrouffe — avec deux
« f », oui monsieur, et dont ce brave Momo connaîtra sans doute la
signification profonde, tant argotique à propos des voleurs que reconnue pour
académique, voir Bescherelle (Dictionnaire National - 4 volumes - 1887)
— et orça, donc, ragaillardis et ne doutant plus de rien, merci Momo, nous
voilà repartis de plus beau - nous sommes masculin.
Quatro) l’écriture du roman en cours (les causes) dont
nous vous contâmes plusieurs fois les péripéti?????es et difficultés, et lesdites
s’aggravant au fil du temps qui passe…
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Bref nous revoici. Et vous invitons-taine-et-tonton à
allumer l’écran et cliquant :
Pour en revenir à Jeannette, voilà donc que le Dauphin (non point le poisson mammifère que nous connaissons si bien, mais le roi ou presque de France) lui refile une armée de rustres et durs à cuire en tous
genres, même à l’huile bouillante. Pas bavards mais rompus au casse-gueule,
des vrais soudards, comme l’on peut le constater sur ce document d’époque (case
1). Et parmi ces gros, deux notamment, qui vont devenir ses potes: Gilles
de Rais, alias GdR, alias Gueule de Raie, and le fidèle La Hire dont nous ne
saurions que trop recommander la grandiose évocation par Jean-Bernard Pouy dans
son roman Nous avons brûlé une Sainte (Série noire 1968, Éditions
Gallimuche). Jean-Bernard Pouy, alias J.B. étant un écrivain, lui, qui n’habite
pas les mêmes déserts que d’aucun sus-cité. « Salut môme », ou
l’équivalent de l’époque, ce sont par ces mots que les deux gaillards
accueillent la pucelle, qu’ils tiennent encore à cet instant pour une
quelconque bimbo vaguement allumeuse que le poisson leur colle dans les pattes
pour s’en débarrasser, ou bien selon la stratégie de gouvernement de l’
«après tout on va bien voir», voire celle du « n’importe comment on
sera pas plus dans le bren » (case 2).
Et les voilà partis, direction Rouen et la sainteté, que c’est
à peine sur la carte, mais Dieu est avec la Jeanine en croupe sur son destrier
(probablement fier). Rouen c’est plein d’Anglois, de ceux-là même que la
gamine doit bouter, et donc en avant que je te boute! c’est la guerre, l’attaque,
Jehanne se donne à fond, un ptit coup de champ’ dans le bec et d’huile dans
les charnières de l’armure, la bannière entre les dents, hop! au boulot.
Gigantesque mêlée. Pas belle à voir dans les recoins, c’est plein de morts
et de blessés, d’ébouillantés, de fendus, de plantés, de lardés, et que
je te grimpe aux échelles, et que je t’en tombe avec fracas et que ça te
coince toutes les mailles de la cotte, et que je t’en prends de toutes sortes
et de tous calibres plein la gueule, du vieux chou pourri à la futaille de
merde des latrines en passant par le moellon pur jus, le trait, le carreau, la
flèche, la caillasse vulgaire, le pissat, l’huile bouillante et l’huile
recuite à peine tiède juste bonne à glisser dessus et à te faite casser la
gueule sur les barreaux, l’eau bête, le glaviot. Pas une sinécure (cases
3, 4, 5).
Ce qui devait arriver arrive : Jehanne est blessée.
Shit alors !
Et tombe par-terre, dans la consternation de ses compagnons.
Voilà la chef hors course, qu’ils se disent. La grande jappe muette. L’allumeuse
éteinte. (case 6 ) Dieu, qu’est-ce que tu fous ?
t’es où ? tu fais quoi ? qu’ils se demandent. C’est la consternation. (case
7), tandis que Jehanne est dans les vapes (case 8)…
Ta-tsan-ta-tsan… suspense…
Et le Grand Masturbateur daigne détourner les zoeils de son
occupation favorite et Il pose Son regard sur le drame qui se noue et en deux
coups de cuiller à pot Il te le dénoue aussi sec.
« C’est rien, les gars! » que s’écrie
Jehanne en se redressant de sous le parpaing de trois tonnes qui l’a blessée
légèrement au front (mais par contre sérieusement endommagé l’échelle en
lui pelant les barreaux du haut en bas), « ces salauds de rosbeef prêts
à bouter nous ont niqué une échelle! » et elle arrache la flèche qui
lui a traversé le bedon par le défaut de la cuirasse et filé son collant de
mailles d’inox, et du même mouvement s’extrait le carreau qui lui a un peu
égratigné la clavicule par un autre défaut de cuirasse, s’écriant dans le
rude langage des soldats qu’elle a chopé aussi facile qu’un accent des
banlieues : « Mon bon Jésus ! que soit faite votre volonté et que
cet enculé de forgeron de cuirasse en crève la gueule ouverte et que le cul
lui pèle tant je le bouterai à coups de lattes si jamais je le retrouve, ce
champion du défaut de cuirasses! Par mon pucelage, je vous le jure,
Jésus! » « Ma… soy un hombre sincero ! » s’écrie un
mercenaire espagnol proche du drame et croyant l’imprécation à lui adressée
— mais c’est une autre histoire, un de ces événements parmi tous ceux
qui s’entrecroisent dans le fatras des batailles — et Jésus, le mercenaire
espagnol déserteur de Comté, s’en va vaquer ailleurs.
Bueno. Le miracle accompli, Jean acquiert une dimension quasi
hollyvoudieuse et son boys band n’en peut plus, La Hire et Gueule de Raie en
tête, et c’est la fiesta, avec un tas d’autres batailles et leurs horreurs,
dont nous nous devons de traiter ici la violence avec un maximum de réalisme,
car ce n’est pas un spectacle, ni de la rigolade, et tant pis pour les âmes
sensibles qui n’ont qu’à aller voir Bécassine ou Harry Machin. (cases
10, 11, 12, 13 ) Pas plus qu’il ne nous parait honnête de reculer
devant la difficulté à illustrer de telles horribles choses et a jouer d?????e l’ellipse.
On pourra nous accuser certes de complaisance, d’aucuns ne manqueront pas de
le faire, le font sans doute à cette seconde, mais qu’ils sachent d’ores à
présent que nous, tout bellement, nous les merdons.
Au bout du compte, de batailles en batailles — dont la
célèbre Little Big Horn — Jehanne prend donc de la bouteille et grimpe dans
les charts. Elle commence aussi à se prendre une tronche (c’est un peu fatal,
sans doute, mais elle aurait pu aussi s’en passer - mais bon, c’et comme
ça). Jehanne a la grosse tête (case 14).
Et voilà pour cette fois.
La suite au prochain number — où nous verrons comment
Jeanne enregistre son premier single et comment elle se prend la gamelle de sa
carrière, que nous connaissons tous — que nous croyons connaître tous !!!
Hasta luego !
La pensée du jour :
T’as des gens, y se marient et y font des gosses, et après
tu t’étonnes que les mômes à peine nés leur filent entre les doigts pour
grimper direct aux arbres. C’est pas vrai ?