Jehanne, Jehanne, pourquoi nous as-tu abandonnés ?
(suite et fin)
La neige a fondu ! la neige a fondu ! cantent
les enfants joyeux qui ne savent pas ce qu’ils veulent, les pauvres
bambins, j’ai horreur de ce mot, car les mêmes iceults psalmodiaient
les mêmes rengaines, à l’inverse, il neige! il neige! quand elle
tombait, bref, laissons les enfants à leurs versatilités, les
enfants, c’est bien connu, même si on ne le chante pas, nous autres,
sur les toits, nous n’en pensons pas moins, sont des cons. Et
Jehanne Deharc revient de guerre et de Russie, où elle s’est ramassé
une avoine grand A, et par moins 40° encore des déceptions à la
pelle, c’est pas ce qu’on croit la guerre quand on est pucelle,
et en Russie en plus. Enfin voilà. Notre hérosse rentre au pays,
donc, comme vous pouvez le constater (case
1), et dans l’indifférence générale, voire colonelle, ce
qui lui met quand même la honte grave. Mais c’est comme ça ma
cocotte. Vous ne vous montrez plus trois mois, le monde entier
vous oublie. C’est la dure loi du show biz, ma chérie, quand on
te disait que c’était pas pour les saintes. Adoncques la voilà
qui rentre au bercail en compagnie de ce qui lui reste de son
armée, deux ou trois malheureux qui ont échappé au scorbut, à
la tourista et au chasse-galant, mais pas frais néanmoins et cependant,
debout sur leurs tiges, guère mieux. Vivants limite, quoi. Et
pis c’est pas l’euphorie, pas un chat pour les recevoir et leur
payer un coup (case 2), un café avec
un croissant, un civet, je sais pas, une Chevy, un CD de Madonna,
personne. La zone.
Blues de blues, la Jeannette. Mettez-vous à sa place, dans
son armure pourrave et rouillée, ses mailles de cottes grippées, ses braies
brenneuses durcies, ses chaussettes trouées et pour autant refoulantes, plus un
ami, plus de shit, pas une canette, pas un beignet de carnaval — y a pas
meilleur que les beignets de carnaval pourtant, quand on splenne. (Ça me fait
penser que je me demande quand quelqu’un se décidera un jour à mettre un
pain dans la gueule de Joe Starr pour lui apprendre à se comporter
honorablement avec son petit singe en cage, vu qu’apparemment c’est une
argumentation qu’il estime efficace et compréhensible.) Pas un singe pour
Jeanne, que dalle que dalle — pas de jeu de mots ni calembour d’aucune
marque ici, non non. Rien, la considération mes couilles, et le bouquin du Juge
Halphen n’est même pas encore sorti, à l’époque. Alors donc elle en broie
une pelletée sur son rocher, un rocher qu’elle avait acheté un jour chez un
broc en province.
Et puis c’est le drame, Jehanne craque, un matin
elle se pend avec les lacets de ses chausses qu’elle avait noués
ensemble bout à bout dans la première intention de s’en servir
pour s’échapper, mais s’échapper de quoi ? elle n’était prisonnière
que d’elle-même et de son désespoir, donc cependant — non : se
pendant, Jehanne échappe à son désespoir, jolie tournure, non
? C’est hyper-triste (case 4). Pour
nous détendre (dzoing !), une vignette primesautière, afin de
nous changer les idées (case 5).
Et voilà. Cette mort de la D’Arc au retour de Moscow en étonnera
plus d’un, nous entendons d’ici les rictus, et ça nous fait bien
rire, ha ha ha. Ayant bien ri, nous poursuivrons notre révélation
en publiant des documents jusqu’alors « top secret »
qu’un fouille merde de nos amis racheta à un vieux débris ancien
agent du SAC qui fut jadis amant du Pape et put ainsi accéder
à la bibliothèque secrète vaticane où lesdits documents se trouvaient
consignés. Ou confinés. Ou les deux. La légende nécessaire à la
bonne raison d’être des statues dressées par la suite à la mémoire
de l’hérosse dans tout le pays, et qui sera même vénérée par le
S. G. C. Le Pen et ses ouailles chaque 1er Mai, se devait d’exister.
Et on ne va pas légender une déprimée revenant de Russie après
une tournée de concerts nuls. Et qui promettait plus que ça, avant.
On ne va pas faire une légende d’une pendue, vous déconnez, Gertrude
? C’est comme Jésus. S’il s’était pendu, s’ils s’était tranché
les veines, s’il avait pris des barbitos, s’il s’était fait dessouder
par une raclure de crapaudaille pour se faire piquer son cuir,
vous croyez que son histoire aurait marché ? Ou victime de la
maladie de la vache folle ? Vous voyez le symbole ? Les objets
du culte ? La croix c’est plus classe. Comme pour la môme d’arc
: le bûcher. Plus ardos, c’est net — là y a un jeu de mots.
Donc, on cache la pendue, on la fout au jus, on la jette dans
l’Eure — on remet, c’est parfait, la pendue à l’Eure — et on bricole
la légende de pied ferme. On se dit que Rouen est une ville qui
aurait bien besoin d’un coup de pub, monte tout le bastringue,
et le procès, le Gros Cochon, tout le truc qu’on sait, enfin (et
en même temps on se dit que ça pourra faire plaisir aux Anglais
et les inciter à adopter l’Euro, mais mon cul, oui, les English
on les connaît pas encore ! on devrait leur envoyer Bayrou, tiens,
Outre-Manche, partout où ça tend, on devrait envoyer le gamin
: ça fait relâcher les tensions…) Tout ça est dans les docus.
On est allé cherché une pucelle vaguement ressemblante, on l’a
accusée de sorcellerie, à l’époque c’était le tube, et crac, l’allumette.
Un type a pris des clichés, caméra cachée (cases
7 à 11) . Du beau boulot. Les Ed. Denoël vont bientôt publier
les mémoire posthumes du paparazz. Ça va faire mal grave.
Voilà, c’est fini.
Nous n’en sommes pas mécontent. Nous commencions à en
avoir un peu ras, de cette épopée mensongère qui abusa et abuse et abusera
sans doute encore, mais cependant moins longtemps que prévu, nous pouvons l’espérer,
grâce à la publication de cette vérité retrouvée, et qui surtout fera
paraître pour ce qu’ils sont les adorateurs naïfs de la Boulotte rassemblés
comme les moutons qu’elle gardait derrière leur S.G.C.
LES BOCALS sont heureux d’avoir participé, de conserve, à
cette oeuvre de salubrité.