Une des pires inventions judéo-chrétiennes, avec la Fête des
Mères et la chasse à courre.
Jour du seigneur, dit-on, c’est bien ce que nous, nous
disons. Et c’est sans doute une des raisons qui font que nous n’avons
jamais, jamais, jamais aimé les dimanche, ni les seigneurs d’ailleurs, alors
c’est pas pour dire mais les deux ensemble, merci. Jour des feignasses, oui !
Jour des averses alors qu’il a fait beau toute la semaine.
Le dimanche est un hoquet. Une apnée. Une tortue.
Pas tortue, torture.
Jour de la messe du dimanche et des costumes du dimanche, des
pantalons du dimanche, des souliers du dimanche, chemise cravate, ne vas pas te
salir sous les arbres, reste tranquille, le jour de la visite à la tante
Mauricette ou à la grand mère du village d’à-côté, trois hors-d’œuvre,
de la viande, mais tu manges pas, y mange rien çui-ci, où tu vas maintenant?
ne sors pas dehors avec tes habits.
Jour du foot, du tiercé, du journal du dimanche, de Michel
Drucker, des apéros au mètre sur le comptoir de chez Monique qui a un décolleté
en reposoir de la Sainte Enfance.
Le dimanche… tout entier construit et tendu vers le soir, le
terrible dimanche soir, du haut duquel, ricanant, se profile… se profile à
tout instant, à chaque seconde… le lendemain ! Cette saloperie livide de
lundi, le lundi est toujours livide, ou blafard: comment ça va ? bof comme un
lundi, c’est pas moi qui l’invente, c’est de notoriété, c’est psalmodié
vingt-quatre heure durant par des types qui ont pour point commun la gueule en
biais, vingt-quatre heures, jusqu’au mardi — le mardi ça va mieux, un
peu mieux, plus que quatre jours avant dimanche — mais le lundi… ce qui
fait que c’est presque pire que le dimanche, le lundi, c’est qu’il ramène
déjà sa fraise le dimanche-soir, un soir d’hiver de dimanche, oh putain !
avec en plus un petit coup de froid, oh putain de ma mère de garce! le lundi
qui recommence, les nouvelles turpitudes, les leçons oubliée, pas apprises,
mal apprises, les classements, la gueule du chef, les horaires, les tu vas être
en retard, les vas au lit que tu pourras pas te lever demain, toute la semaine,
la longue longue semaine jusqu’à cet autre fumier de dimanche prochain.
Tandis que le samedi, oui.
Alors là, oui.
Ah, oui ! le samedi !
Le samedi, voilà un jour honnête et joyeux et agréable, un
ami de l’homme et de la femme.
Le samedi soir, qui fait ce qu’il veut, même en avril, qui
se découvre de tous les fils qu’il veut, le samedi, qui ose tout, le brave
soldat samedi !
Et le samedi soir, donc! un des quatre mousquetaires du mois,
le brave, et rien que parce que le lendemain c’est dimanche !
Youpi, le samedi ! Voilà un jour sympathique sur le lendemain
duquel on peut compter pour passer un bon moment la veille !
Mais le dimanche, avec son lundi de merde en perspective…
Franchement.
D’ailleurs, on devrait supprimer le dimanche. Le désinventer.
Pas un homme politique qui mette ça à son programme. Je dis un homme
politique, un vrai. Mais non, pas lui. Pas celui-là. Je dis un homme politique,
pas la grosse merde avec des dents. Pas lui. Eh bien n’empêche, pas un.
Supprimer le dimanche. C’est beaucoup trop impopulaire, comme mesure révolutionnaire.
Personne n’aime ça, le dimanche, ni le lundi, mais personne
ne voudrait s’en passer. Surtout pas du lundi (se passer) qui
sert à se souvenir du dimanche passé à se dire que demain se sera
lundi, entre deux tickets de tiercé. Ça existe encore, le tiercé
? Je sais pas, je ne joue pas avec les chevaux. Alors, les vrais
hommes politique ? on vous attend au tournant, là. Au tournant
du dimanche. Ou alors, autre alternative, ne pas supprimer le
dimanche, le doubler. En faire deux. Un samedi, deux dimanche.
Le premier serait idéal, remplirait tout entier sa fonction de
dimanche, jour de repos, de je pense à autre chose, de etc. Le
second reprendrait le relève du vieux. Parfait, avec toujours
le lundi sinistre, d’accord, mais sauf qu’on aurait un vrai dimanche
à la suite d’un vrai samedi, du coup.
Prochainement, si nous sommes gentil, nous vous parlerons de la
Fête des Mères.