dimanche 10 mai 2009
I have a dream
Nous rêvons tous, ce qui n’a rien de compliqué, il suffit de dormir. Pas même besoin d’apprentissage, nous voilà tous égaux, à la base. Ensuite, ça se gâte, car si nous faisons tous des rêves, encore faut-il s’en souvenir au réveil, pour avoir conscience que la chose nous arrive. Ne dites pas : Je ne rêve pas, dites : Je ne me souviens plus de mon rêve. Cela dit, il y a les rêves agréables et les rêves qui le sont moins, autrement dit les cauchemars, toute la gamme. Ne parlons pas de l’interprétation des rêves. Nous avons tous, dans notre entourage, celui ou celle, souvent celle, qui connaît tout de ces significations, parce qu’il est entendu qu’ils doivent signifier quelque chose. Une personne à qui vous annoncez un beau matin : « Dis-donc j’ai rêvé que je perdais mes dents ! » , et qui vous annonce charitablement que c’est un signe de mort… La fameuse signification freudienne — lequel, tout Freud qu’il fut, s’est quand même, je m’excuse bien, planté sur un bon paquet de sujets — utilisée surtout par des petits malins qui écrivent des livres vendus à des tas de braves gogos qui vont nous casser les pieds ensuite avec leurs explications foireuses… (et c’est comme la Rotschild baronne qui écrit des traités de savoir vivre et des mode d’emploi d’éducation des enfants, elle-même summum de la vulgarité rose bonbon… Mais là n’est pas le sujet.)
Nous rêvons, vous rêvez, je rêve. En l’occurrence je rêve à épisodes… Il arrive de retrouver un même endroit dans plusieurs rêves successifs. Ou de refaire le même rêve, à peu de choses près. Mais là non. Je suis comédien (amateur) et je fais partie d’une troupe et nous allons interpréter une pièce de théâtre. Seulement voilà : je n’ai pas appris mon rôle. Je n’ai pas eu le temps. De rêve en rêve, nous nous approchons de la première représentation. La dernière fois, nous étions sur le point de monter en scène, et je n’avais toujours rien retenu… J’en suis là. Depuis, je n’ai pas retrouvé ce rêve et l’épisode suivant. Je suis inquiet. Je voudrais bien savoir comment je m’en suis sorti, si je m’en suis sorti… Vous savez quoi ? Je me demande si nous ne vivons pas, à ces moments-là, dans un autre monde. Tandis qu’apparemment nous dormons. Nous sommes ailleurs, il y a là-bas tout une autre vie dans laquelle nous nous débattons et que nous entrapercevons par bribes, quand nous nous souvenons, au réveil. Suis un homme rêve qu’il est papillon… mais n’est-ce pas plutôt un papillon qui rêve qu’il est un homme ?
Il n’empêche que j’aimerais quand même bien savoir comment s’est passée ou va se passer cette représentation…
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 10 mai 2009 dans 
Bavardages
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