Alors on a pris la Bastille. La Bastille était une prison d’Etat comme vous le savez, dans laquelle on enfermait, sur lettre de cachet, des nobles et des grands bourgeois, qui disposaient de grandes pièces, de bonne mangeaille, de domestiques et de tout un tralala. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’Histoire. La Bastille était aussi un arsenal, et si le peuple de Paris insurgé l’a prise d’assaut, ce 14 juillet 1789, c’était d’abord pour y piquer de la poudre… Le peuple de Paris, une bande de révoltés, des casseurs sans cagoules, hop, en avant la musique, et c’est comme ça que tous les ans à la même date dans toute la France ça pétarade de partout, ça feudartifise comme un seul homme dans tous les sens, ça dansepopularise aussi, au son des instruments. Le lendemain, donc en général le 14, il y a toujours un surplus de pétards que les enfants se font un plaisir de finir pour notre plus grand bonheur… C’est la fête, en un mot. La Révolution que le monde nous envie et qu’on a un peu piqué aussi sur ce que firent les Américains un peu avant, en 1776, et la suite, eh oui, à l’échelle d’un pays, avec constitution à la clef, inspirée de la philosophie des lumières, quand même. Et voilà.
Et le 14 juillet, dans la foulée des réjouissances, allez que je te défile hardi petit sur les Champs, mon ami, les militaires au pas, les avions qui passent et qui larguent des parachutistes quasiment suisses, pour la précision, chapeau les gars. Et puis les chevaux aussi, des cavaliers de la Garde — celle qui pourrait mourir et ne pas se rendre s’il le fallait — qui ont aussi des queues de cheval mais sur le casque, pour l’osmose, on ne peu pas confondre il y en a qui sont à cheval sur les autres qui n’ont pas de casque. Et cette année des Hindous. Enturbannés comme des vrais. Pas les chevaux, les chevaux de l’armée hindoue n’ont pas de turbans, c’est la coutume hindoue. Leur façon de vivre, à ces gens de là-bas, on ne va pas encore aller faire les marioles et leur donner des leçons de chevaux et de cheveux, s’il vous plaît.
Et puis pour finir : LA réception dans les gardens de l’Elysée. On est contents d’être les descendants de la révolution et des preneurs de Bastille, ça nous fait plaisir de voir ça, toutes ces belles personnes qui boivent des coups et mangent des trucs minimalistes en attendant qu’il ne pleuve pas, ce serait dramatique. Mais cette année : LA CRISE, Françaises et Français, alors : RESTRICTIONS, ECONOMIES, partout, je donne l’exemple a dit le Président au Pouvoir (d’achat), on n’invite que quelques milliers de personnes à la Garden au lieu de quelques milliers. Et le bon peuple de dire : Bel exemple, Mister Président. Peut-être que le champ’ était du mousseux ? que les petits fours venaient de chez Leader Price ou Brico Marché ? Possible.
Notre Président, qui est un des plus grands voyageurs en avions de tous les présidents du monde a dit qu’il fallait réduire les dépenses de l’Etat. Il a donc décidé de s’offrir un plus gros zavion, plus puissant, pour éviter les escales… On me dit qu’une panne récente l’aurait obligé à patienter une heure sur un tarmac, ce qui est ballot, et que ça l’aurait énervé. Et c’est ainsi que les 2 Airbus seront remplacés par un A 330. A l'intérieur, aménagement spécial : 60 places confortables et 40 autres qui le sont moins, bar, restau, douche, chambre individuelle avec lit deux places, infirmerie avec bloc opératoire ! Coût : 28 M d'€. Et Rama Yade qui n’en perd pas une et à qui sans doute on demandait son avis sur la question de préciser : "On ne dira pas que c'est par goût du luxe". Sûrement pas, Rama, puisque c’est par é-co-no-mi-e. Elle comprend rien, celle-là ou quoi ?