Mon épouse, libre de sa personne, achète parfois Paris Match, pour, dit-elle, les mots croisés. Personnellement je ne suis pas très mots croisés. Elle si. Je ne suis guère Paris-Match non plus, en vérité, magazine typique de news parigo-sensationnelles BCBG, spécialiste de la photo de choc hard-dimanchée. Dés qu’une catastrophe se pointe à l’horizon, zou !, Paris Match y va de son reportage choc abondamment illustré de photos bien crades, qui ne rechigne pas (le reportage) à fouailler dans le détail et le gros plan chirurgicaux — je le sais : je le regarde, voire le lis quelquefois, en général au petit déj, parce qu’un exemplaire du mag traîne à portée de tartines (les mots croisés faits) et que je m’en saisis, l’ouvre et te le feuillette. C’est ainsi que parfois je démarre ma journée, on s’étonnera que je sois sinon de mauvaise humeur parfois sans entrain. Je n’aime donc guère ce magazine que pourtant je parcours et survole, ou surnage. On remarquera que si je possède une ligne de conduite je peux aussi prendre avec elle de grandes libertés. Je suis paradoxal.
Paris Match est un organe de presse diffusant ses produits au grand air, façon pub. Ainsi avons-nous droit, comme c’est la règle de ce jeu commercial, à des placards énormes et des panneaux qui ne le sont pas moins, publicitaires donc, reproduisant les couvertures du journal. Impossible d’y échapper. Même si nous ne demandons rien à personne, en l’occurrence donc Paris Match, nous voilà cible de la manœuvre et touché dans le mille. Cela étant, proie attaquée que nous sommes, cela nous donne aussi le droit à la légitime défense, à savoir exprimer au moins notre déplaisir — quand ça ne nous plait pas. Qu’on nous demande ou non notre avis, si la proposition nous est faite de consommer tel ou tel produit, cette possibilité nous est donc donnée. Si ces lignes que vous lisez vous plaisent, ou pas, vous pouvez non seulement ne pas les lire mais (à défaut de les empêcher) les juger bonnes ou mauvaises et le dire si vous en ressentez le besoin, si vous en avez l’envie.
Donc Paris Match. Dernier numéro en date : en couverture, Sharon Stone, photo de choc chic, nichons au vent, muscles et tendons assortis, le reflet genre gommage photoshop en aplats, pose clean-trash intello, on sent que la séance, coco, n’a pas été orchestrée par n’importe qui, y a de l’intello dans l’air, avec body cuir, clous et sangle et talons assortis hauts comme ça. A mon avis pas belle, ni la pause ni la dame shootée. Le titre : « J’ai 50 ans, et alors ! La plus glamour des stars se met à nu pour l’écrivain Marc Lévy – un entretien à Los Angeles. » On ne dira jamais assez l’importance du sujet. Son essentielle raison d’être. Un autre titre de couv, plus petit, sur l’Afghanistan. Moindre choc. Normal. A l’intérieur du journal, plusieurs photos dans le même style, de même facture, noir et blanc, de la même dame de 50 ans, pas ménagère pour deux ronds. Mais re-pas belles quand même, les photos. Cela signifie que quelqu’un, à la rédaction de ce journal, est allé demandé à un « écrivain français », dixit, Marc Lévy jouant ce rôle, de filer à Los Angeles avec mission de poser les questions les plus pertinentes du monde à cette personne de 50 ans qui n’a pas peur de vieillir. Le commando Lévy de s’exécuter. Huit pages. Cinq de photos, trois de texte. Je ne sais pas si les questions sont de Marc Lévy, mais vu le style et leur inspiration ça ne m’étonnerait pas. Je suppose que les réponses sont de la dame, avec ou non rewriting rédactionnel. La vie commence à 50 ans, les amis ! Nous voilà rassurés. Sharon est une femme délicieuse qui a fait la bise au monsieur et l’a raccompagné dans sa voiture perso jusqu’au tacot en retard car elle voulait, gentille, s’assurer qu’il ne louperait pas son avion. Et Marc de conclure, dans le style qui fait toute sa touch de vrai écrivain self pondeur : « J’ai passé deux heures en compagnie d’une femme dont l’âge n’a aucune importance. Elle est belle, épanouie (…). Elle a encore beaucoup de temps devant elle et le temps est son allié. »
C’est dingue à quel point je me sentais très bête, réflexion faite, avant de lire ces lignes, entre deux tartines de terrine (je petit-déjeune à la terrine, depuis quelques temps).
Eh, Monsieur Paris Match ! Et si tu demandais à Bernard Werber un reportage au Québec sur Céline Dion ? Non ?