Tracasseries dimanche, lundi pleurera...
Par exemple, vous vous cognez le gros orteil dans le pied du lit. Ça fait mal, ça ! Ou bien vous laissez échapper la bouteille d’huile en cours de mayonnaise. C’est bien aussi. Ou encore vous venez de terminer ce papier de deux pages sur lequel vous avez bien mis la pression, et une fausse manip imprévisible, incompréhensible, vlan, vous l’envoie on ne sait où dans les entrailles de votre ordinateur et vous n’aviez évidemment pas sauvegardé, c’est malin, oui je sais, et c’est perdu à jamais. Recommençons… Autres exemples (la vie n’est faite que de ça…) : vous êtes en train de faire votre jogging dominical, puisque c’est dimanche, et puis tout à coup, alerte ! Vous transpirez, vous pâlissez, vos jambes sont en coton, et c’est la chute, le malaise. Vous respirez, vous mangez un sucre, vous reprenez vos esprits. Bon, il faisait trop chaud, vous en avez trop fait, et puis d’ailleurs vous ne seriez pas un peu crevé, vous, depuis un moment ? Genre épuisé ? Trop de boulot, on vous prend pour un fainéant mais dans le fond vous vous remuez quand même. Trop de conseils d’administration, de voyages et de décalages horaires. Rentrez chez vous, vous reposer un peu. Pas la peine même d’en parler à quiconque, votre épouse, votre mère, pas de quoi les affoler.
Encore un exemple (ensuite on parle d’autre chose). Vous êtes vieux, pas surmené mais maladroit, et propre, ce qui vous place dans une baignoire et dans une salle de bain et vous sortez de votre baignoire, péniblement, propre certes mais toujours vieux et maladroit, et là, ziiip ! la savonnette … Quel tableau ! C’est pas « Jeanne au bain », loin de là, ni « Venus sortant de l’onde ». Même pas besoin de savonnette, en fait. La maladresse et les ans suffisent. Vous vous cassez un poignet. Merde. Les urgences aussi sec, le plâtre, les copains qui écrivent des bêtises dessus. Etc.
C’est ça les tracasseries. Ça vous pend au nez, chaque matin, chaque soir, chaque instant. On vit dangereusement. Qu’est-ce que vous croyez ? Que si vous faites sarkochef comme profession ça vous met à l’abri ? Des clous. La preuve. En plein Tour de France, et au moment de l’arrivée, en plus, alors qu’on était là, avachis dans nos fauteuils, à se demander encore si Armstrong serait un second Jeannie Longo. En plein suspense, c’est malin. Et l’autre, la ministre sur le tas en remplacement à la ligne d’arrivée qui nous raconte que le petit regarde sûrement l’arrivée, tu parles… et qui te lui fait en direct un gros poutou, au pauvre chéri. C’est ça la différence, entre les tracasseries de base et celles du haut du panier. D’abord, pas la peine de geindre, si vous êtes si malin et si envieux, vous aviez qu’à le faire, sarkochef, ou pape, vous auriez les urgences à la maison, au moins ça.
Heureusement que c’est l’été, les vacances, toutes ces sortes de choses. Le fameux nord de la Loire et son climat à nul autre pareil. On regarde les programmes des feux de forêts à la télé, le feuilleton de l’été, on reçoit des cartes postales de gens amis qui sont je ne sais pas où mais au soleil et qui nous embrassent et qui signent d’un prénom, ou pas du tout, ou qui écrivent leur nom comme des cochons et on rêve à leur bonheur, des heures durant, sous l’orage, en essayant de décrypter leurs hiéroglyphes, on est content pour ces braves et amicaux inconnus. Heureusement que c’est l’été, oui, pour les tracasseries ça passe mieux, comme les chutes radicales, sur un revers de large manche de robe de chambre incontrôlable, qui vous envoie valser le bol de pingouins rescapé, vous vous souvenez ? pour le compte. Voilà. Fin d’une belle aventure. Mais c’est l’été, on est contents, on est vivants, et dans une semaine on ira en vacances chez nous, avec Carla. On vous enverra des cartes postales, à vous qui n’avez pas de bol.
(Bon… Pas de bol … Si c’est pour faire drôle, permettez-moi : ça ne vole pas bien haut… )