Chroniques de Rentrées (Part. 1)
Nous n’y échappons pas, chaque année c’est la rentrée à un moment donné. Notre vie est faite de strates qui s’entassent et d’étapes plantées à travers mois, semaines et années, pour ne pas dire les siècles, repères pointés qui caracolent dans le temps, tantôt devant, tantôt derrière. Les repères de devant, vers lesquels on s’avance dare-dare, sont évidemment dans le flou, mais ils sont là pourtant, on le sait, on les espère, qui nous attendent. Ceux de derrière, ma foi, sont derrière, heureux ou malheureux, c’est selon, ils sont passés donc ils ont existé et laissent leurs traces dans tous ces sillages entrecroisés que nous sommes. On peut au moins choisir de ne pas s’en souvenir si on veut. Si on peut. Par exemple et personnellement, ma prochaine étape sur le chemin des étapes obligées, tandis que j’écris ces lignes, consistera à aller manger comme il convient chaque midi (ou alentours), ce que je vais donc faire séance tenante, car nous sommes en direct, et les lignes suivantes seront donc exécutées dans un avenir post-dessert-et-café, si tout se passe bien, après ce point qui arrive en bout de phrase. (Et à la ligne).
Et voilà, exactement comme je m’y attendais, me revoici sur le courant de ce soliloque, poursuivant le fil de cette réflexion, s’il s’agit bien de cela.
La Rentrée, disais-je. Nous en sommes là. Avant, dans le domaine des repères, y a eu LES VACANCES. Ou encore L’ETE. C’est souvent la même chose, une affaire de pseudonymes, de sobriquets. Quoiqu’il existe aussi parmi les étapes d’autres vacances qui ne sont pas estivales. Des vacances d’hiver, précisément hivernales. Mais enfin, et globalement, les vacances. Et puis aussi, bientôt, nous aurons NOEL. Ou encore LA TOUSSAINT. Un grand nombre de stations, sur le chemin, comme autant de barreaux à l’échelle que l’on grimpe, vers des sommets terriblement inéluctables, mine de rien, qui sont figures d’étape ultime, d’arrivée définitive, à l’autre bout de la rentrée : la sortie.
Mais pour l’heure : LA RENTREE. Il y a plusieurs sortes de rentrées. On n’en survole pour nous qu’une poignée. La rentrée des classes, la littéraire, politique, cinématographique, syndicale, gouvernementale, économique, sociale, télévisée, radiophonique, journalistique. Ça fait un paquet. Et dans des tas d’autres domaines encore. Avec des exceptions cependant. La rentrée agricole, non. Les cultivateurs, en général, ne rentrent jamais, ces gens-là passent leur temps dehors. Le rentrée de la pêche non plus. Les marins pêcheurs. Je ne parle pas de l’ouverture de la pêche pour les taquineurs en eaux douces. Pas de rentrée des marins pêcheurs. Pas de rentrée des éboueurs, non plus, me semble-t-il. Ou je me trompe.
Nous avons donc de quoi nous en mettre une belle tartine sous la dent. Avec chaque année, chaque fois, une guest star. Pas de rentrée sans événement phare. Ce coup-ci, tenez vous bien, roulement de tambour : LA GRIPPE !!! Pas l’aviaire, ni l’ordinaire, ni l’espagnole ou l’asiatique, cette année nous avons la mexicaine ! La grippe nous vient toujours d’ailleurs, c’est de l’importation, et ce coup ci la vedette, c’est la H1N1. Je n’ai toujours pas compris ce que signifiait ce sigle de science-fiction, ou plus exactement j’ai compris mais j’ai oublié. Elle arrive au galop, la H1, elle va nous zigouiller tous si on ne fait pas gaffe, tous nous ratatiner, elle va faire sacrément mieux, si elle s’y met, que la bonne vieille grippe normale de notre enfance et d’encore maintenant qui ratiboise plus de 3000 personnes en France chaque année dans une indifférence générale et ordinaire. Celle là, la mexicaine, arriba ! arriba ! si elle nous en dégringole une centaine, ça va être la panique. Mais pas du tout pas du tout. Nous avons les moyens de lutter. Nous l’attendons de pied ferme, la sale bête, elle ne passera pas, no pasaràn la vilaine mexicaine, Roselyne a tout prévu, tous les moyens, les petits comme les grands, les vaccins, les masques, les mouchoirs en papier, les consignes aux écoliers et au peuple. Ça ne va pas rigoler. Interdiction d’éternuer en public, pour commencer. Interdits les tire-jus en toile dans lesquels on trompette et qu’ensuite on roule en boule avant de se le remettre en poche. Il paraît que c’est sale, terriblement microbique. Des mouchoirs en papier, par contre, voilà l’avenir et la propreté garantie, des mouchoirs que tu jettes après l’avoir rempli et après que déchiré, le traître, il t’en ait collé plein les doigts. Que tu jettes où, le mouchoir ? Pour que ce soit pas dégoûtant ? Dans un endroit approprié. Qui signifie « propre à ». Qui ne le sera pas longtemps. Bon. Et aussi des masques. Tu as déjà éternué dans un masque ? Et toi, Madame Roselyne ? Moi non plus, mais j’imagine. C’est comme cracher contre le vent, mais en mieux. Ou alors, quand tu sens monter les picotis avant-coureurs, tu retires le masque, et vlan ! Tu t’éternues au creux du bras. C’est le conseil qui nous est donné. Sic. Nous allons pouvoir vérifier, au fil de notre quotidien automnale, combien d’obéissants civiques nous entourent, on va pouvoir les repérer fastoche, signe distinctif au creux des coudes.
Voici venir l’automne, superbe saison s’il en est, camarades, c’est la rentrée des brumes, des feuilles mortes, des morveux et morveuses embrassés…
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 6 septembre 2009 dans 