Chroniques de Rentrées (Part. 2)
La rentrée politique, à présent. Qui inclut la rentrée grippale, dans le même mouvement. Je me demande si nous verrons souvent ces gens du pouvoir lâcher leurs rênes pour éternuer dans leurs manches, ou porteurs de masques, personnalisés ou non. Une firme en propose des rigolos, sur le marché, customisés comme pour un joyeux carnaval, genre groin de porc ou tête de mort. J’imagine avec délectation, si l’humour leur en prenait, quelles effigies pourraient convenir à certains et certaines du clan de nos gouvernants donneurs de directives face au fléau en marche… et affublés de ces jolis accessoires en conseil des ministres par exemple, lieu dangereux s’il en est pour ce qui est de la concentration de sales bêtes. Virus et bactéries, s’entend.
Et puis notre Sarkoboss, pétant la forme, est rentré de vacances comme des millions, qu’il a passées comme un peu moins de millions au soleil et sur les rochers surplombant la mer, en short et chaussures de ville, le cran capillaire pas même défrisé par la brise. Avec Madame et d’autres amis aussi, dont Fillon en short comme le boss, et Madame 2, en tenue de bain comme Madame 1, mais une pièce, j’ai vu les photos. Quel intérêt me direz vous ? Aucun vous répondrais-je, c’est juste de l’illustration, et lesdites images ont été largement diffusées… Il est revenu donc, tout à fait remis d’un malaise qui n’était pas cardiaque comme l’avait laissé supposer par mégarde une tête à claques du staff de la bande, débordant sur toutes les coutures, de la tête aux pieds et des pieds aux tics, d’une énergie désormais reconnaissable à cent lieues, made in Sarko. D’abord il a râlé contre ceci et cela, ensuite il y a eu la taxe carbone et tout le foin qu’on fait autour en essayant de la comprendre, retenant surtout le mot « taxe », et puis, summum, voyage éclair au Brésil pour vendre des avions. Le temps d’annoncer ce coup de commerce historique. Sauf que rien n’est fait, que ça discute toujours, que rien n’est acquis, et qu’il faudrait qu’on y revienne dans quelques mois, histoire de vérifier si tout ceci est ou non de l’enfumage… La tête à claques de service pourrait nous le dire en temps venu.
Quant à la rentrée politique de l’opposition elle a quand même ceci de particulier qu’on jurerait qu’elle ne rentre pas plus qu’elle n’est sortie. Que c’est toujours la même désespérance, la même tristesse, la même désolation, la même bêtise crasse et lamentable chevauchant entre les joutes de personnes qui passent leur temps à réclamer le rassemblement (sous entendu : à condition qu’il passe par elles et qu’elles en soient l’instigateur/trice ), les mêmes guéguerres imbéciles qui ont désormais réussi à discréditer toute cette bande-là, celle d’en face. Pas un qui ne se réclame ou ne cite à un moment Jaurès, qui doit, le pauvre, faire des cabrioles dans sa tombe. Pas un ni une pour nous laisser entrapercevoir le bout du nez d’un contenu idéologique dans le discours, sous les phrases creuses et les mots bien rangés, comme s’ils pensaient que ces mot-là, ayant un jour fait leur preuve alors qu’ils recouvraient et exprimaient du contenu, suffisaient.
C’est vrai que la rentrée, des fois, ça vous a un mauvais goût amer. Bonjour tristesse, bonjour l’automne, saison de rouille.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 13 septembre 2009 dans 