dimanche 08 novembre 2009
Faute de Français
Donc c’est officiel, voilà qu’on nous demande : C’est quoi être Français ? Qu’on nous pose la question, donc qu’on me la pose à moi. C’est la meilleure. La dernière couillonnerie mise en place par notre bon vieux Besson, qui devrait savoir, lui, quoi répondre, qui nous parlerait d’honneur sans doute et de convictions et de fidélité à ses idées pour la France et ses amis, ces choses-là. Sans aucun doute. Je suis en train de fatiguer, il faut croire, je me sens environné de mauvaises ondes, c’est rempli de faux culs dans tous les sens, incroyable. Ne plus savoir où donner de la tête fatigue vraiment. Bon alors, à quoi ça ressemble, un Français ? Il y a peu, un journaliste me demandait si je me sentais vosgien ou lorrain ? Il a fallu que j’explique que je ne comprenais pas la question. Et je vous prie de croire que ce n’est pas simple d’expliquer un truc qu’on ne comprend pas.
C’est quoi un Français ? Je sais : c’est quelqu’un qui n’est pas Allemand, par exemple. Ni Belge, ni Espagnol, ni Suisse. Ni les autres. Ce n’est donc pas difficile. Il n’y a pas de mérite à cela. Pas de quoi en faire une jaunisse, ni une bleu-blanc-rougeolle, ce n’est jamais qu’une histoire de géographie, on ne peut rien contre la géographie, d’abord, pour commencer, et ensuite… ensuite, l’Esprit français, les valeurs françaises, l’honneur français, la pensée française, la spécificité française, tous ces habillages joliment fanfreluchés, oui, certes, mais comment n’en faire qu’un seul joli costume ? De préférence du dimanche ? Eh bien moi je ne sais pas, par contre je sens la fumisterie qui pointe sous la question, bizarrement posée précisément par cet homme, debout sur son balcon, tout en pratiquant hardi petit le renvoi dans leurs foyers de tout ce qui n’est pas, justement, français, dans la cour arrière de sa belle maison ? Mais j’aimerais bien me sentir français, par moment, par exemple me sentir fier de faire partie d’une communauté, d’un territoire, parmi des gens, n’ayons pas peur des mots : un peuple, que j’aimerais, que j’admirerais pour ce qu’il ferait, serait, dirait, un peuple de gens que je respecterais pour tout cela. Ça me plairait bien. Ça me reposerait, ça me tiendrait chaud. Je suppose que c’est humain, que nous avons tous et toutes ces envies-là, parfois. C’est dans nos gènes. Ça doit remonter à la préhistoire, sinon avant. Comme croire au Père Noël. Se sentir bien chez soi et dans sa famille en compagnie de tous ces gens qui ne ressembleraient pas, tellement pas, à Eric Besson, par exemple, qui n’en est en tous cas pas un. D’exemple. De Français, sans doute que si.
Pour la récréation, un autre Français, comme tout un chacun, vient de publier un livre. Le premier tome. Un livre sur sa vie et sa carrière, dans lequel il ne nous dit rien de nouveau sous le soleil des livres, dans lequel il enfume Giscard et congèle Balladur, mais ça on le savait déjà, et pour le reste ment tranquillement comme un arracheur, prétendant n’en avoir pas voulu au Little Big Man de son far-west français quand celui-ci l’a trahi, en son temps. Je ne lirai donc pas cette mascarade livresque pour la simple raison que je m’en fous et que j’aimerais bien que cette attitude typiquement mienne soit, en ce qui me concerne of course, une caractéristique de ma citoyenneté française.
Je regarde Braquo, la série télévisée d’Olivier Marchal. Une série française, remplie de flics français un brin pourris et sympathiques. Superbe.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 8 novembre 2009 dans 
Bavardages
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