dimanche 29 novembre 2009
Jour de tout et jour de rien
Il semblerait que chaque jour depuis quelques temps soit le jour de quelque chose en particulier. Non pas simplement un jour de la semaine ou du mois ni de l’année, non, un jour marqué d’une pierre blanche pour un sujet (de réflexion, social, politique, philosophique, artistique, n’importe quoi) donné. Par exemple, vraiment au hasard et avec une totale mauvaise foi, cela va sans dire, en début de ce mois, le vendredi 13. On n’en a pas énormément parlé mais néanmoins c’est significatif. Vendredi 13 novembre. D’abord c’est un vendredi 13, avec les connotations et implications superstitieuses que cela comporte, tout le monde sait cela. Ensuite c’est mon anniversaire, beaucoup moins le savent, je le comprends fort bien, même moi il m’arrive d’oublier. Mais enfin et surtout c’était le jour de la gentillesse. Le jour de la gentillesse implique donc que toute la population du pays dans lequel est décrétée cette particularité soit gentille. Tout le monde. Même… même lui ? Oui, même lui…Ainsi que les CRS-à-matraque, les automobilistes au volant, l’employé de la poste qui refuse d’appliquer le tarif lettre à vos envois qui pèsent pourtant moins de 2 kilos, le garçon de café ronchon, les employés de police municipaux, les inspecteurs des impôts, les fermeurs de porte de la boutique Orange à 17h58… Tout le monde. Même moi (à plus forte raison moi, le jour de mon anniversaire, qui plus est…) Gentils. Aimables. Avez-vous remarqué un surcroît de gentillesse de la part de votre entourage ce vendredi 13 novembre (qui était aussi le jour de mon… etc.) 2009 ?
C’est comme il y a peu également, le jour des femmes victimes de violences. En attendant le jour des femmes violentes, celui des hommes battus, le jour des femmes mortes en tombant du 5eme étage, des femme qui voudraient bien être battues, le jour des hommes qui n’en pensent pas moins, le jour des cul-de-jatte, des fautes d’orthographe, des handicapés mentaux, des vaccinés contre la grippe A, la grippe Z, la grippe Bachelot, la grippe anonyme, la grippe aviaire, le jour de l’air con, de Eric Besson, des traîtres, le jour des polypes, des victimes de harcèlement sexuel, de harcèlement religieux, le vendredi 14 jour de la méchanceté, le jour des nèfles, des éjaculateurs précoces, des clitoridiennes et des vaginales, le jour de la burka, le jour de l’élégance, de la vulgarité, le jour des collants pour les grosses, des shorts pour les maigres, des pantacourts pour les plus de 50 ans et des crânes rasés pour les moins de trente. Tout et n’importe quoi. Il y a 365 sujets possibles. Ou encore mieux et à la portée de tous, le jour de L’Anniversaire, je veux dire par là l’anniversaire de chacun et n’importe qui, pas seulement le mien et pas seulement le 13 novembre, le jour des anniversaires, en somme… C’est déjà le cas ? Je suis lourd ? le jour de la lourdeur, aussi ? Et alors, le summum : le Jour de Chacun, pris au hasard. Choisi au hasard dans la population. Il suffirait d’être inscrit sur une liste électorale et de répondre aux critères d’identité nationales définies par notre ami comique au menton pointu et à la bouche en cul de poule pincé, qui fait bien rire jaune. Et hop, tiré au sort. Et ce serait son jour, au gagnant. Le jour de Patrick Machin. De Marie-Lucette Stradilowsky. Le jour du peuple, la démocratie en marche. Le jour à qui suffit sa peine. Ça serait bien, je trouve. Ça devrait être comme ça.
Et parmi tous, le jour où on achèterait l’album « La pub nous prend pour des cons, la pub rend con », production Editions Hoebeke, compilation des grands moments sur le sujet de Hara-Kiri, texte de Cavanna. Le jour du cadeau de noël qui décape.
Sans parler du jour de la veille et de celui du lendemain.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 29 novembre 2009 dans 
Bavardages
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