dimanche 31 janvier 2010
Saison froide
C’est donc l’hiver, il neige, c’est notre tour. Après la Normandie et les fronts d’Ouest, les régions du Centre et jusques en Avignon, c’est l’Est qui ramasse. Comme c’est normal, puisque c’est l’hiver et qu’on ne s’attend jamais à bronzer sur la terrasse en ladite saison. Nous voilà Orange. Avez-vous remarqué, vous aussi ? Dés qu’un nuage frétille, l’orange s’installe. Les routes s’emmerdouillent, les camions patinent, il faut pelleter la neige devant les portes et sur les trottoirs, bon. Nous voilà Orange, ça aide. Mais à part ça ? C’est plutôt sympathique, l’hiver. D’aucuns même trouvent la saison plaisante.
Ce soir, cette nuit, des cousin-cousine miens sont venus manger à la maison, histoire de rien, de manger, de raconter des trucs, de malaxer des souvenirs, de passer un moment. Soupe de légumes tendance potiron/carotte/poireau/patate. Poulet sauce bleu d’Auvergne. Tarte au fromage. Eh bien ils sont venus en raquettes. Dans la nuit noire et blanche sous la tempête, il ne manquait que les loups. Ce n’est pas sympathique ? Ils ont trouvé que si, moi pareil, et le poulet sauce bleu d’Auvergne aussi. J’ai moi-même des raquettes, et d’ailleurs il faudrait peut-être que je les sorte, que je les mette en fonction. Elle sont magnifiques, des véritables, pas des pattes d’ours, pas du plastique, des vraies en gouttes d’eau, bois et babiche, qui viennent du Québec, que je me suis commandées là-bas, fabriquées par un vrai artisan, un certain D. Puchuluteguy, de St. Bruno, P. Québec. Un moment je me suis dit que ce devait être un vrai de vrai, un Montagnais, pour le moins, descendant des premiers habitants, mais je me demande si ce nom n’est pas plutôt basque. Puchuluteguy m’a collé deux attaches de pied gauche… ce qui fait que j’ai tendance à dévier, pendant la marche. Il va falloir que j’y remédie, que je me rebricole les lanières, si je ne veux pas verser dans quelque fossé…
Sinon même en hiver la vie de France suit son cours, la semaine a été lourde, avec en première partie du spectacle la représentation du Président dans un sketch collégial avec dix citoyens et citoyennes, soigneusement triés sur le volet du hasard. Je me suis dit que ce n’était pas la peine de regarder ce numéro, que la chose serait abondamment commentée le lendemain et que j’en aurais vite ma claque, tout ce bourdonnement pour rien, plein les oreilles et plein les yeux. Ça n’a pas loupé. Au bout de la course, question : à quoi ça sert, ce genre soudain de représentation ? A entendre tous les séides aux ordres dire que le Président était merveilleux, tous, du plus petit au plus petit, de Monseigneur Lefebvre, l’homme qui rit quand il dort, à n’importe quelle autre des filles de la Cour, tous…
Il m’est apparu qu’ils allaient avoir de quoi s’en mettre sous les dents et dans les soutiens moraux au Grand Gourou, les collaborateurs, les applaudisseurs, les flatteurs et souteneurs, parce qu’il va commencer — je le sens — à se friser les nerfs et à se faire des inquiétudes, le Little Big Man. Parce que nous ne l’ignorons pas, une sorte de Zorro, de Général Custer, est de retour. Dominique arrive au galop, pur et dur, avec l’intention ferme de se consacrer à la France et aux Français, répète-il à tous vents. Serrez les fesses, gens et gentes du parti des cireurs de bottes à plat ventre. Ça va saigner, bientôt, désormais que passées les fourches caudines par le vengeur. On ne va plus s’emmernuyer, dés avant le printemps, pour les Olympiques d’hiver et au-delà. J’en mettrais ma raquette à couper.
Dominique nique nique s’en allait tout simplement, routier, pauvre et chantant…
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 31 janvier 2010 dans 
Bavardages
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