dimanche 07 mars 2010
On y danse, on y danse
Il semblerait donc que nous allons être, bon peuple que nous sommes, appelés à voter. Bientôt. Quasi demain, ou presque. Le ferons-nous ? N’aurons-nous pas, au moment décisif de nous précipiter vers l’urne, un milliard d’autres choses plus intéressantes à faire ? C’est à la fois bien possible et son contraire. Car peut-être nous dirons-nous que le vote est une desdites choses intéressantes. Peut-être allons-nous jouer cette carte-là et nous astreindre à croire que celui ou celle pour laquelle nous voterons, celle ou celui que nous désignerons, sera notre représentant, ou tante, et agira en notre nom, notre place, notre volonté. Peut-être parviendrons-nous à nous convaincre de cette magique et fantastique mystification à laquelle nous tenons tellement à croire, enivrés par notre soif d’absolu. Et peut-être aussi nous serons-nous convaincus paravant de la belle intention, sincère et convaincue des mêmes, les candidats comme ils s’appellent, qui auront dans un bel élan signé de leur nom et de leurs promesses les feuillets couverts de programmes alléchants dont ils nous aurons inondés durant la semaine précédente. C’est comme ça que ça marche. C’est la règle du jeu. On ne demande pas à un jeu qu’il soit la vérité. On lui demande des règles, auxquelles on se donne l’envie de croire. Donc, peut-être…
Je me suis toujours demandé jusqu’à quel point ces personnes, ils ou elles, croyaient vraiment aux phrases ronflantes imprimées, derrière lesquelles ils s’avançaient, se présentaient, espérant de toutes leurs forces produire leur l’effet, et que le brave pékin citoyen non seulement n’y voit pas malice mais adhère. Je continue de me demander. Evidemment, je n’imagine pas une seconde qu’une profession de foi puisse dire le contraire de : « Je suis le plus beau et le plus capable et le plus mieux d’entre tous ces pingouins, camarades ». C’est la logique du jeu. A la suite de quoi, des milliers et dizaines de milliers quand ce n’est pas des millions – c’est des millions – vont faire comme s’ils y croyaient aussi. Tout ceci, je trouve, est d’une belle harmonie. Dans le grand bal de la démocratie, on y danse on y danse, sur le pont de la démocratie on y danse tous en rond. Toutes les danses, la valse, les tortillements les plus fous, la polka, les vieux déhanchements, les tangos, les slows, on ne craint pas de nous ressortir des twist à l’occasion voire des menuets. C’est la fête. Des lambada, itou. Il y a ceux qui dansent et ceux qui ne dansent pas, ceux qui ne trouvent pas cavaliers ou cavalières et qui s’ennuient à faire tapisserie sur des chaises bancales. En attendant que ça passe. Il faut danser !
La mode est, on le remarque aussi, pour les gens de pouvoir au pouvoir, à dézinguer les journalistes. Comme s’ils avaient compris, c’est drôle, que finalement les seuls à leur causer soucis en leur adressant les remarques qui tuent, les arguments qui blessent, à leur mettre le nez dans leurs odeurs, sont les mercenaires des médias, combattants sans uniformes diablement efficaces, dans des rangs sans drapeau. Puisque ceux de l’opposition ne sont pas à craindre.
L’adversaire serait donc en coulisse, au balcon ? Plutôt que sur la scène ? On ne se lasse pas d’en être interpellé…
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 7 mars 2010 dans 
Bavardages
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