dimanche 21 mars 2010
Soyons fous dans la mesure du possible
Quoi de neuf, docteur ?
Le printemps.
Voilà qu’enfin cet interminable hiver est terminé, qu’ils disent dans les bulletins météorologiques. Ils s’accordent tous pour l’affirmer. Que l’hiver fut interminable. Moi je ne trouve pas plus que cela. L’hiver a existé et il a bien tournicoté comme il convenait dans ses limites imparties, la preuve c’est que c’est seulement le printemps.
Le redoux, donc. Les températures saisonnières. Tout le tremblement. Les oiseaux le matin à la pointe du jour. Déjà voilà qu’on pense aux jardins. Voilà que nous plombent le colon les poussées de gastros… Les pollens, paraît-il, seront très agressifs — et qu’est-ce qu’on leur a fait, aux pollens, pour mériter leur agressivité ? Voici venir les traînées de grippes, surgir les cohortes des rhumes, les légions de bronchites en tous genres. Même que moi qui vous parle, du nez, j’ai été comme tout un chacun joyeusement servi en la matière. Je faisais le mariole, répétant à qui voulait l’entendre que depuis dix ans je ne savais plus ce que c’était qu’être enchifrené, je traversais à nez sec les neiges et les pluies, j’avais tout oublié de la toux raboteuse de muqueuses. Mal m’en prit — et ma mère qui avait la formule facile aurait sentencié : Le bon dieu t’a puni. Mécréant que je suis, qui plus est, le vieux barbu ne m’a donc pas loupé.
Une crève comme jamais je n’en avais le souvenir. Pneumopathie, trachéite, les grandes orgues. Les antibios, la cortisone, les expectorants, les décrocheurs de glaires, la panoplie au complet. J’en suis encore flagada. Ne me souvenais plus, non, de ce que ça pouvait arracher, la toux, dans les engorgements… De ce que ça pouvait aplatir et vous réduire en chiffe, l’infection.
Du fond de mon état quasiment comateux, je voyais il y a peu qu’on avait (mais qui donc décide la chose ?) institué une journée du sommeil. Personnellement j’avais de l’avance, je n’en finissais pas de roupiller depuis des jours. Mais bon, voilà donc encore une journée dédiée à un sujet, une préoccupation, voire un problème. Comme il existe aussi non pas une journée mais une semaine de la santé mentale. Autant personnellement je trouve que la journée de la mamie comme celle du papy sont dénuées du moindre intérêt, autant, c’est vrai, ce genre d’événement peut être positif. La semaine de la santé mentale. Ce n’est pas exactement la semaine des fadas, pour ça il y a le carnaval et puis en l’occurrence ce n’est pas la semaine, c’est toute l’année. Qu’est-ce que la santé mentale ? Qu’est-ce que l’équilibre mental ? Bien subjective aussi. On ne m’empêchera pas de penser qu’un intégriste musulman, par exemple, voire le même côté judéo, ont quelques rouages qui grippent. C’est un exemple. Qu’un chef d’état du style Kim Jong-il n’a sûrement pas changé l’eau de son bocal depuis longtemps.
Il est clair, je pense, que cette notion d’équilibre est bien floue. Que cette santé est beaucoup plus fragile qu’on ne le croit, que nous sommes tous sujets potentiels tous de grands instables, tous sur le fil des rasoirs tous à la merci du dérapage qui nous fout au fossé. Il n’y a pas de honte. Le danger ne vient pas du fada avoué, reconnu, identifiable. Tant que ça ne heurte pas, c’est admis. Comme une respiration. La respiration est sujette à des apnées, des hoquets. Les crocs en jambes psychiques nous menacent. Combien de fois pouvons-nous nous interroger sur certains comportements apparemment admis et normaux, du domaine ou sur la pente de la psychopathie. Je me suis toujours demandé si les courses et luttes pour les pouvoirs de l’arène politique ne signifiaient pas à la source de belles et grande névroses, avant de glisser vers des psychoses admises et régulées. Soyez bons avec les fragiles du faîte, ils nous gouvernent et prennent, eux, soin de nous.
Ces propos de convalescence sont, comme cela se voit, parfaitement fous. L’effet du printemps. Très certainement. Alors, après la maladie redécouverte, et avant ces quelques lignes, je suis allé de nuit déguster sur les sommets du Rouge Gazon la plus merveilleuse tarte aux brimbelles du monde. Pour me remettre sur pieds, mentalement, physiquement. Etait-ce bien raisonnable ?
Et la semaine prochaine je serai droit comme un i, guéri d’un bout à l’autre.
D’ici là nous aurons voté, les abstentionnistes se seront abstenus, les autres non, les chefs et porte-parole de partis diront les uns après les autres qu’ils ont gagné, certains davantage que d’autres, seront plus difficilement crédibles que d’autres en dépit de leurs efforts méritoires et de leurs tête à claques hautainementeuses, des beaux jours de grands tourbillons et bouillonnements nous attendent pour les temps qui se lèvent.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 21 mars 2010 dans 
Bavardages
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