dimanche 11 avril 2010
Bon pour un envoi...
Il me souvient d’un temps, pas si lointain en fait, où la Poste (des P & T) non seulement s’écrivait mais s’évoquait avec une majuscule. Service public comme il se doit dont l’appellation signifiait quelque chose, service tout à son honneur. Efficace dans toute son acception. Ne remontons pas jusqu’à la source des « grands chevaucheurs » (le terme est magnifique !) parcourant la France et ses campagnes sauvages pour faire leur devoir de transporteurs de missives et plis au péril de leur vie, n’en parlons pas, ni des aviateurs franchissant océans et montagnes réputés infranchissables, ni dans les Amériques des cavaliers du Pony Express, etc.… La Postale terrestre des jours d’aujourd’hui ne joue plus dans la même cour des grandes aventures… Sans même parler de grandes, on n’en demande pas tant, les aventures sont parfois, désormais d’un autre ordre. Plutôt désagréables. Pour le « cher client », s’entend.
Voici donc celle du type qui devait corriger les épreuves d’un roman et les adresser urgemment à son éditeur. Pour qui ne trempe pas dans cette atmosphère éditoriale, les « épreuves » sont les ultimes copies sur papier du texte qui sera, après dernières corrections et mise au propre finale, envoyé à l’imprimerie. Ce qui est d’importance. Dans une bonne grosse enveloppe, un jour, le type de l’aventure reçoit lesdites épreuves, d’un prochain roman à paraître, auquel, entre parenthèses, il tient tout particulièrement. Bien. Il relit le paquet, quelques centaines de pages tout de même, il corrige, il peaufine, il apporte du mieux, comme de bien entendu. Et chose faite revoie à l’éditeur toutes ces pages bellement prêtes pour la composition. Bonne grosse enveloppe, idem de l’aller, pour le retour. Tarif « Lettre », pas de souci.
Si.
Du souci, car une semaine plus tard le paquet n’est toujours pas parvenu à son destinataire. Abrégeons le suspense (que je pourrais faire grand) : n’arrivera jamais. Perdu, disparu, envolé, le paquet. On peut imaginer l’ampleur du désastre. A la suite de quoi, plainte est donc déposée, réclamation, recherches tous azimuts, via un « Service client grand public à la direction du courrier » (à Libourne – il faut bien seoir quelque part). Qui vous répond aimablement et vous assure que tout va être fait pour retrouver le disparu. Au plus vite. Au plus vite subséquemment, une semaine plus tard, vous recevez courrier vous informant que tout a été mis en œuvre mais… manque de pot, regrette que ces démarches n’aient rien donné. Damned. On n’a retrouvé ni l’objet disparu, ni le voleur, ni le perdeur, ni l’éventuel triangle de quelques Bermudes franco-territoriales spécialisé dans la substitution du message postal. Nada. Par contre, on vous signale que la Poste propose une « large gamme de produits permettant d’assurer la valeur du contenu des envois » et qu’alors une indemnité sera versée selon le montant de l’assurance souscrite. Mais dans votre cas, cher monsieur, « tarif lettre » bête, que dalle. Traduction : la sécurité du service de distribution se paie, en sus. L’affranchissement ordinaire ne suffit pas, ne garantit rien, même pas le bon acheminement en bon état. Tenons-nous le pour dit, donc.
Ah oui. J’allais oublier… au final de cette aventure, une seconde lettre, comme prévu vous arrive, contenant un bon de dédommagement que le conseiller de l’affaire a « le plaisir de transmettre », pour un envoi Lettre MAX 1. Et des « remerciements pour votre confiance »… Sic. Cher client que vous êtes.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 11 avril 2010 dans 
Bavardages
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