dimanche 18 avril 2010
Le Jour des cendres
(Je ne vais pas non plus en faire un fromage mais je me dois de donner la fin de l’aventure du paquet mangé par la Poste. On se souvient que La Poste, en la personne de son Chargé des Relations Clientèle, Monsieur Jean-Claude M., signant la lettre en réponse à la perte d’un manuscrit diligenté on ne sait où, piqué par on ne sait qui, m’octroyait en dédommagement un bon pour une « Lettre Max 1 ». D’humeur joyeuse, je me rendis quelques jours plus tard à mon bureau de Poste, pour expédier une autre forte lettre. Présentant mon bon pour le fameux envoi compensatoire, sous emballage « lettre MAX 1 »… que nous découvrîmes être de la taille d’une enveloppe ordinaire, susceptible de contenir un paquet de cigarettes extra plates et pas franchement long size… Valeur d’affranchissement 3,50 €. Je n’ai pas pu m’empêcher de trouver ça drôle. Le sourire un peu moins épanoui sans doute que celui de tous les faucheurs planqués de la Poste, mais pas loin… Fin de l’aventure.)
Et si c’était un nuage ? Un nuage aspirant, issu de je ne sais quel volcan spécialisé dans les colis postaux ? Madame Nature quand elle s’y met, se charge tranquillement de se rappeler à notre bon souvenir. Et que je te tremble en Haïti ou un Chine ou partout, et que je t’ouragante et te raz-de-maréise en côte atlantique, et que je te flambe (bientôt en forêts méditerranéennes), et que je te délugéise au Brésil. Ne parlons pas des fontes polaires dont Claude Allègre du haut de son pôle nord cérébral personnel, suffisant et scientartique, nous dit que c’est de la blague. Maintenant, un volcan islandais. Un volcan un nuage de cendres et crac, l’espace aérien est bouclé. Vous imaginez ? Même plus besoin. Y a qu’à voir. (Personnellement j’avais imaginé ce que pouvait donner un tel blocage, mais c’était de la science fiction.)
Du coup, parmi les voyageurs interdits de ciel, tous les chefs d’états qui devaient se rendre aux funérailles du président polonais — victime, lui aussi, des circonstances météorologiques aériennes et aussi un peu beaucoup sans doute de sa connerie. Plus de funérailles. On congèle et on repousse. Pourquoi parler de connerie ? Parce que l’information nous laisse entendre que ce monsieur président aurait forcé le pilote à se poser en dépit du sale temps et des ordres contraires de la tour de contrôle. Genre (en polonais) : « Je suis le président, et je vous ordonne de vous poser, pilote ! » Il avait fait le coup deux fois auparavant, nous dit-on. Ça avait marché. Jamais deux sans trois ? Eh bien, si. Et non seulement il se crashe, le bougre de couillon, mais avec lui un certain nombre de personnes qui n’en demandaient pas tant. On peut donc être chef d’état et con, ce n’est pas incompatible et ce ne sont pas non plus les exemples qui manquent. Et voilà la Pologne en larmes, la Pologne qui prie à signe de croix que veux-tu — car la Pologne est très croyante. Le chef de la Pologne a soudainement toutes les qualités du monde, ses copains survivants chefs d’états s’inclinent, alors qu’il était tout le contraire d’une lumière, mégalo, facho, partenaire très emmerdeur européen (c’est pas moi qui l’ai dit le premier !) partisan de la peine de mort, opposé à l’avortement, etc, la panoplie complète. Spiderman irresponsable et imbécile, manque de pot, pour son dernier vol plané entrepris contre la raison élémentaire. Bien fait pour lui, non, mais quand même, on peut dire, au sens propre, que son final merdique, il ne l’a pas volé.
Imaginez que la chose se soit produite en France, c’est à dire dans un avion contenant le Président, sa femme, ses amis, Jean Reno, Martine Aubry, etc. La France serait-elle effondrée ? C’est mon boulot d’imaginer des histoires. J’imagine, j’essaie, la France en prières et traumatisée… Les titres dans la presse : Le monde de la chanson en deuil… J’essaie. Imaginer Sarko ordonnant au pilote d’atterrir dans la tourmente en dépit des ordres contraires… Impensable ! On ne peut pas y croire. Qu’il prenne lui même les commandes, oui, peut-être…
Les Polonais prient pour que le nuage volcanique se dissipe rapidos. Pourtant, la cendre, en signe de deuil, ça le fait, non ?
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 18 avril 2010 dans 
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