dimanche 25 avril 2010
Un volcan dans le potage
Mais qu’est-ce que j’apprends ?
Que lors de la prise de possession de sa place de contrôleur général Turgot, qui n’est pas une marque de pansement contrairement à ce que quelques plaisantins me soufflent, écrivit une lettre à son roi, le jeune Louis, numéro 16. On y lisait entre autres recommandations : « point d’augmentation d’impositions ; point d’emprunts » (…) « parce que tout emprunt diminue toujours le revenu libre », qu’il nécessite toujours au bout de quelque temps la banqueroute ou l’augmentation d’impositions. » Ainsi que :
« Pour remplir ces trois points, il n’y a qu’un moyen. C’est de réduire la dépense au-dessous de la recette, et assez au-dessous (…) afin de rembourser les dettes anciennes. (…) Il est donc de nécessité absolue que Votre Majesté exige des Ordonnateurs de toutes les parties qu’ils se concertent avec le ministre de la Finance. (…) Votre Majesté sait qu’un des plus grands obstacles à l’économie est la multitude des demandes dont elle est continuellement assaillie, et que la trop grande facilité de ses prédécesseurs à les accueillir a malheureusement autorisées. Il faut, Sire, (…) considérer d’où vient cet argent que vous pouvez distribuer à vos courtisans, et comparer la misère de ceux auxquels on est quelquefois obligé de l’arracher par les exécutions les plus rigoureuses, à la situation des personnes qui ont plus de titres pour obtenir vos libéralités… J’ai prévu que je serai seul à combattre contre les abus de tout genre, contre les efforts de ceux qui gagnent à ces abus ; contre la foule des préjugés qui s’opposent à toute réforme, et qui sont un moyen si puissant dans les mains des gens intéressés à éterniser le désordre. (…) Je serai craint, haï même, de la plus grande partie de la Cour (…). On m’imputera tous les refus ; on me peindra comme un homme dur, parce que j’aurai représenté à Votre Majesté qu’Elle ne doit pas enrichir même ceux qu’Elle aime aux dépens de la subsistance de son Peuple. (…) Je ne regretterai point de perdre une place à laquelle je ne m’étais jamais attendu (…) »
On comprendra que c’était un peu, en ce temps-là, la crise.
Ça nous évoque ?
Turgot le pansement pansa du mieux qu’il put et se fit éjecter au bout d’un moment, comme prévu. Au fil de ses successeurs apparut un beau matin Neckert qui, lui, emprunta, emprunta et emprunta, notamment pour fournir et alimenter la guerre des Amériques… La chose étrange est qu’il y eut dans ces temps-là des soubresauts climatiques très perturbants qui ne seraient pas loin de nous rappeler, encore, des événements d’aujourd’hui. Des grosses marées frappant les côtes de France, des orages, des tremblements de terre… des inondations. Des cultures flagadates.
Un volcan islandais, oui oui, qui se mit à cracher de tous ses poumons… gâcha les récoltes, accélérant des famines et faisant grimper le cours du pain qui manquait et… hop, 1789, la Révolution !
Certains disent que l’Histoire ne se répète pas. D’autre que si. Je suppose que les avions eurent beaucoup moins à souffrir du volcan du 18ème siècle que ceux d’aujourd’hui, que les footballeurs de ce temps-là, entraînés à l’art de faire de jolies passes, c’est même tout ce qu’on leur demande, avaient la liberté de chatouiller la péripatéticienne, comme les hommes politiques, sabre et goupillon unis aux championnats de la morale, sans faire de mal à personne ni que cela devienne l’événement du siècle dans les journaux télévisés de l’époque. L’histoire ne se répète pas, elle est censée évoluer.
Bon, le volcan préparatoire en 2010. Restent deux trois ans avant la Grande Irruption. Serrons les fessiers.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 25 avril 2010 dans 
Bavardages
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