lundi 03 mai 2010
Le Danger au long cours
C’était le bon temps, au moins on savait de quoi on avait la trouille.
Le nucléaire nous filait les chocottes, la bombe, les centrales, les déchets, avec en prime les discours savants de Charpak qui sous couvert de Prix Nobel roulait pour EDF. On avait peur de la guerre, aussi. Les dangers avaient de la gueule. Les Grandes Puissances en compétition, la Russie et les USA sur le ring, la Chine qui pointait le nez. Les tristes exemples de l’Indochine, de l’Algérie, du Viêt-Nam… C’était sans équivoque.
Le danger n’avance plus à visage découvert. Il se propage furtif, maquillé, sous les masques les plus divers, je ne parle même pas de la burka, ses déguisements et panoplies sont beaucoup moins voyants, beaucoup plus sournois, passe-partout ras de terre. Le danger colle aux semelles et aux doigts, aux oreilles sans qu’on y prête garde – voilà : le danger nous passe sous la garde.
La menace est pire que la guerre, la pollution et le nucléaire réunis, parce qu’elle en est l’intrinsèque substance, qu’elle peut conduire finalement au grand abrutissement : j’ai nommé la connerie.
Le mot, je le sais bien, fait sourire ou frémir. Pour ma part, je le préfère à bêtise, sottise, insanité, idiotie, ignorance, incompétence, incapacité, stupidité, imbécillité, niaiserie, inanité, et quelques autres encore, parce qu’il les réunit et les dope tous. La connerie. Le monstre qui, sans aucun doute, nous entraînera vers les holocaustes définitifs, l’outil des siècles ultimes, au maniement duquel on s’est entraîné durant les siècles passés. L’arme idéale pour un crime parfait. Le virus magnifique.
Voilà de quoi avoir peur sans chichi.
La connerie avance inéluctablement, éclose dans les méandres des aubes sereines, aux mêmes sources que l’intelligence, dont elle est partie prenante. Plus ou moins hurlante et braillarde, taiseuse ou murmurante. Anonyme, pas folle, la guêpe. Mais les signes sont là qui fusent à foison de l’essaim des compulsives populations écolières et étudiantes rompues aux SMS, non seulement illettrées et ânonnant, mais fières de l’être. Les signes et symptômes de la connerie, danger planétaire, se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi… En vrac et au hasard : l’Île de la Tentation, les caillassages de voitures de pompiers et médecins, les agressions de conducteurs de bus, les braqueurs en bandes de portables à 1€, les gardes à vue pour un regard de travers…
Et ceux-ci encore : après que le petit président eut voulu supprimer l’enseignement de l’Histoire dans les sections scientifiques du lycée, voilà qu’il est question de supprimer l’Histoire du Droit à la fac. Du passé faisons table rase, au moins nous n’aurons plus à nous y référer.
Et encore : le témoignage écrit de cette survivante des camps de la mort, censuré pour une lecture en classe, dans lequel elle disait avoir été arrêtée par trois gendarmes : le maire n’a pas voulu « qu’on les stigmatise (les élèves) »…
Il y a quelques années, un certain Mussolini « supprimait l’école pour gouverner facilement les crétins ».
Soyez crétins, enfants. L’avenir vous appartient. Vos fesses pourtant interdites de fessées, néanmoins anesthésiées, vous ne vous rendrez même pas compte de ce qui vous arrive. Lol.
Pierre Pelot
Chronique parue le lundi 3 mai 2010 dans 
Bavardages
2009
Suaire
-
dimanche 26 juillet 2009
2008
2006
2005
2004
2003
2002
2001
Romans
-
dimanche 12 août 2001
Jeudi
-
jeudi 09 août 2001