Je ne sais pas par où commencer. J’avais des tas de choses à dire, me semblait-il, parce que des tas de choses au fil des jours qui passent m’avaient interpellé — comme on dit. L’actualité. L’actualité du monde m’agresse, je ne sais pas si je suis le seul, sûrement pas, mais pourtant, parfois, j’ai comme l’impression. Et puis on dirait que je ne remarque que ce qui me crispe. Par exemple : journal télévisé un soir, cette histoire de policier qui tabasse dans la rue un type qui y laisse sa peau. Bon. On nous dit plusieurs fois que des caméras ont filmé la scène… sauf que — ce n’est pas que j’en demande — mais on ne voit pas les fameuses images du cassage de gueule. Je me demande bien pourquoi. Voilà, je remarque ces choses-là. Je me demande si je ne couve pas quelque chose. C’est terrible, l’actualité, au fond. La météo, le froid de retour, les marées sombres en Louisiane, l’insoutenable vie des footballeurs, leurs déboires, les couvertures des journaux peoples (on ne dit plus « à scandales ») avec la bobine de bimbo plastifiée de la call-girl scandaleuse (et moche), ce genre d’événements… L’actualité ne me sourit pas.
Je passe sous silence, avez-vous remarqué ? les hommes et femmes politiques. Leurs propos. Leurs actions.
Pour ne pas être taxé d’acharnement.
Vendredi soir, j’étais à Epinal, au Centre des Congrés, convié à une réunion d’information organisée par une grande banque, dont je tairai le nom, dans lequel il y a le mot Agricole… Qui n’est pas ma banque, d’ailleurs, ça se trouve comme ça. J’étais là parce que la réunion était suivie d’une conférence d’Yves Coppens, suivie elle-même d’un buffet dînatoire comme il se doit et d’une séance de signatures, par le conférencier, de ses livres. J’étais là pour ça. Sur la demande de Yves Coppens, avec qui j’ai eu le bonheur de travailler une dizaine d’années, écrivant sous son regard scientifique une série de cinq romans qui racontent l’évolution de l’homme au cours du paléolithique, durant deux millions d’années. Ce qui fut un bonheur, d’une part d’écrire ces romans, d’autre part d’entendre, d’échanger, de connaître cet homme, grand paléontholoque s’il en est, le fameux découvreur de Lucy. Bonheur donc, ce vendredi, d’écouter une fois de plus Yves Coppens parler de l’évolution de ce que nous sommes, phénomènes si immensément petits et gigantesques, et tellement capables de gâcher cette évolution par tant de bourdes possibles… Mais Yves Coppens est un optimiste. 900 personnes l’ont écouté, avec enchantement, et en auraient bien redemandé encore, une fois le congé pris. C’est également une des forces de cet homme : cette faculté de clarté dans la narration, qui nous donne à comprendre avec facilité de bien tordus mécanismes…
A la suite de quoi, signatures donc, lui de ses ouvrages, moi des miens. De nombreuses personnes sont venues me dire gentiment qu’elles appréciaient ces bavardages ici présents. Chaleur au cœur. Dans le flot, un monsieur, au demeurant charmant, m’annonce que s’il appréciait mes écrits romanesque, par contre, dans ces chroniques, j’étais en dessous de tout. Un monsieur pas d’accord. Me taxant de vulgarité, d’acharnement sur le politique, et principalement au sujet du Papa du Petit. Pal et son livre. J’ai dit à ce monsieur gentil que nous n’avions donc pas la même conception de la vulgarité, que pour moi ladite se trouvait précisément dans les pages ineptes de Pal Papy… mais n’en parlons plus. Je vais encore me faire taxer.
Du coup à cause d’une rotative excentrique, j’avais prévu de vous parler d’un bel Loizeau, et tout est décalé. La semaine prochaine. Craché juré. Et puis là il faut que je fasse une tarte. L’actualité me bouffera.