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Loizeau en un mot avec un z
Certes, je ne passe pas mon temps à naviguer sur les ondes radiophoniques. Ni à faire le guet devant les émissions de variétés télévisées, s’il en existe encore (et si elles existent, présentées par Daniela Lombroso, me donnent une bonne raison d’aller écouter ailleurs si d’autres y sont). Je ne vais pas, un ipod branché dans le canal auditif en permanence. Je ne roule pas davantage au volant de ma voiture (que je n’ai pas et ne saurais conduire), coude à la portière, l’air niais, assourdi par les basses à donf audibles à quatre kilomètres en amont comme en aval – je réserve ma niaiserie à d’autres motifs. Je n’ai jamais suivi une seule émission de la starac, n’en ai jamais eu envie, ce qui ne m’a pas empêché d’en entendre parler abondamment au détour de tout et de rien. Tout cela pour dire que je ne connais pas forcément l’éventail de la chanson française. Que ce qui m’en est venu en oreille, au hasard des choses, me donne plutôt l’impression de piocher toujours dans le même panier. D’entendre plus ou moins les mêmes voix, les mêmes mélodies, les mêmes paroles vaguement ineptes qu’une insigne paresse, seule, nous fait appeler « textes ». Les mêmes têtes, les mêmes cul-culteries. Les mêmes hoquets râpés (rythm and poetry) sempiternellement répétés, les mêmes slams salmigondesques bruts de brouillons qui s’ingénient laborieusement à paraître écrits… Je parle, ici, entendons-nous bien, de ce qui surfe en crête de vague – or, forcément, de ce qui nous tape sur le système auriculaire.
Cette vague qui, pour être la plus visible, la plus audible en l’occurrence, n’est pas obligatoirement la plus intéressante. Il existe des courants sous-marins. Des lames de fond tranquilles.
Il me semble que les filles se débrouillent pas mal, sur ce plan. Il en existe qui existent plutôt bien. Des talents particuliers dont la particularité est précisément le talent. Et ne ressemblent pas aux masses. Une pétillante Olivia Ruiz. Une carrément étonnantes Izïa.
Et puis Emily Loizeau.
Emily Loizeau est une jeune et jolie personne qui écrit et qui chante des chansons. Les chansons d’Emily Loizeau ne ressemblent à aucune autre, c’est simple. La voix d’Emily Loizeau est fraîche, douce, grave, émouvante, elle s’abstient de devoir brailler pour prouver qu’elle a de la voix, cette voix, mélodique et sauvage. Caresse ou griffure, cela dépend des textes qu’elle porte et dans lesquels elle s’enroule. Car textes il y a, pour le coup. Les chansons d’Emily Loizeau baguenaudent sur le bord d’histoires dévoilées pudiquement, évoquées en trois lancers de mots, fortes d’une totale particularité, vestuveluées sous le regard, parcourues d’émotions affleurantes, irriguées par un humour tranquillement, gentiment saboteur. Et si c’était du bonheur en musique, tout simplement ? Les galettes d’Emily Loizeau sont des colliers de perles, qui portent les noms de Sister, London town, I’m alive, Sur la route, Je suis jalouse, La dernière pluie, Leaving you, Je ne sais pas choisir, Fais battre ton tambour… Les albums disponibles d’Emily Loizeau s’appellent Pays sauvage, L’autre bout du monde, ce n’est pas beaucoup : deux seulement, c’est bien dommage. Les chansons d’Emily Loizeau chantées par Emily Loizeau me donnent envie d’écrire des histoires comme des chansons, comprenez vous ? Donnent comme du plaisir à moudre. C’est pas si courant, le plaisir.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 16 mai 2010 dans 
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