Gens du monde, porte-parole gouvernementeurs et autres, vous me fatiguez. J’ai envie de vacances. De repos. De m’asseoir. Ne plus voir les burkas ni les entendre (en fait, c’est bien ce qui irait dans le sens de leur volonté de dissimulation : tellement bien dissimulées, ces adeptes de la non existence, qu’on ne les verrait même pas, invisibles… NE PLUS LES VOIR, ni les entendre, puisqu’elles se cachent. Et alors ? Pas besoin d’autre interdiction légiférée…), de ne plus voir à longueur de jours les otages en otage ou libérés dire merci et écouter les porte-parole affirmer que non, non non non, craché juré, on n’a rien échangé, ni personne, contre leur libération, sinon une malheureuse rançon de quelques centaines de milliers d’euros – l’entendre dire avec plus ou moins de talent, celui laborieux de Kouchner qui pense sincèrement sans doute que nous prendre pour des idiots ne se remarque pas, celui je m’en foutiste à toc de Lefebvre qui ne se soucie même plus de convaincre, balance hautainement son communiqué, un petit tour et puis s’en va…
Envie de repos, la tête ailleurs. Envie de burka moi aussi, de cachette, d’île déserte – encore qu’on n’y est pas à l’abri d’une quelconque pétroliférante marée. De tombe. De voyage…
Des horizons fermés par les montagnes en cercle, comme dans un embrassement rond. Ces montagnes pas si hautes que ça et qui regardent plutôt vers le bas que le ciel, où nichent les vallées entrecroisées de leurs socles et assises. En fait, plutôt que des montagnes, des vallées poussées en graine, grandies trop vite vers des sommets rêvés qu’elles n’ont jamais atteint.
Voyager sous ce ciel-là, dans l’encerclement de cet horizon-là comme une ronde figée. Voyager immobile. N’allez pas croire pour autant que le périple soit de tout repos. Ça use une vie durant. Au fil des saisons jamais pareilles qui se déroulent et pourraient vous laisser croire à une habitude, un leitmotiv… rien de plus faux. Voyager sous les arbres qui grimpent et fleurissent et frémissent au long des ans comme des siècles, témoins tranquilles de ce qu’ils pouvaient être au cours successifs des millénaires enfouis dans leurs racines. Ce territoire est le monde tout entier couché en rond comme un chat dans le jardin qui cerne la maison, au pays des renards et des blaireaux, faute de loups. (Mais les loups ne sont pas si loin, en vérité. Les loups sont des fantômes amis, ils rôdent encore. Braves bêtes.)
Voyager dans le temps d’un pays sous le simple prétexte qu’on y est né et qu’on y a poussé comme une espèce d’arbre entre d’autres sapins et bouleaux. Un territoire grandi sous le ciel en vadrouille au jeté du temps et des hommes passés. Les voyages ne sont pas seulement dans l’espace, ils sont aussi compagnons du Temps. Ils se forgent et prennent maturité comme des choses vivantes, avec le Temps. Le temps, qui soi-disant passe, revient sans se faire prier à son point de départ. Il suffit de l’appeler et de le tenir par la main.
Les voyages ne sont pas seulement liés à la géographie. Les réduire à de la bougeotte physique n’est pas les tenir en grande considération.
Ici, le voyage du fond de mon jardin tourne rond comme la terre est ronde, et que j’en suis le centre, le centre du temps et de l’espace, le centre de l’Histoire des jours suivant les jours, indéfiniment, en une grande sarabande de sapins et de ciels bleus ou gris et de neiges et de pluie et de soleils brûlants, témoins de tant de présences et de tant de passagers en partance pour une escale définitive, de tant de voyageurs sans bagages…