     
dimanche 30 mai 2010
Dans le train du soir
On se rend à Étonnants Voyageurs en chantant, ou presque. On est content. On va revoir, sinon notre Normandie, Saint-Malo la belle, qui héberge ce festival littéraire international, une fois l’an. Je m’y retrouve régulièrement en compagnie de tant d’autres, écrivains amis, ainsi que d’un grand nombre, de moi encore inconnus, ou alors à travers leurs livres, comme cette année Joseph Boyden, auteur canadien anglais (ojibwe, écossais, irlandais – joli mélange) dont je venais de lire le fabuleux Saisons de la solitude (Albin Michel éditeur) et à qui j’ai pu dire tout le grand bonheur que j’avais pris à lire son roman. Et d’autres, beaucoup d’autres. Ainsi Reza, à côté de qui je me trouvais, signant moi mon roman La montagne des bœufs sauvages (Hoebeke), lui ses livres de photos, notamment le magnifique Routes de la soie (Hoebeke). Nous avons évidemment parlé, il m’a raconté son chemin vers la photographie.
Reza est reporter photographe iranien. Il a parcouru le monde je ne sais combien de fois, il en a photographié les visages multiples, témoignant depuis vingt-cinq ans des malheurs et beautés, blessures et joies de ceux qu'il croise sur sa route. Il a gardé de sa prime enfance ce qui fait son désir de transmettre par l’image, du temps où il n’avait pour tout appareil photo qu’un crayon et un bout de papier… croquant les scènes et les portraits qui le touchaient pour aller ensuite les montrer autour de lui. Témoignant déjà, par transmission d’images. Ses photographies engagées sont diffusées dans la presse internationale, notamment le National Geographic Magazine pour lequel il travaille depuis 1990. Il cite volontiers cette phrase d’un autre : « Voyager vous laisse sans voix, puis fait de vous un conteur ». Il a choisi l'image pour raconter et... dénoncer. Reza est éminemment un homme généreux, de talent, respectable, à qui on a tout naturellement envie de tirer son chapeau ; également investi dans de nombreuses organisations altruistes, il a d'ailleurs créé sa propre association humanitaire.
Au retour de Saint-Malo, dans le train qui nous ramenait vers tous les jours redevenus ordinaires, Reza est allé comme d’autres se rafraîchir au bar du TGV. Il est tombé sur le spectacle affligeant mettant en scène un écrivain sur-aviné, déclamant un tract qui débitait des ignominies à l’encontre de Michel Lebris, organisateur du Festival. Reza témoin sort de sa poche sa caméra et filme. Ce que remarque le triste clown vitupérant, qui entre alors dans une fureur noire et se déchaîne contre le filmeur en propos racistes injurieux. Menaces. Insultes diverses, que je pourrais retranscrire, le tout a été filmé… (Pour prétendre par après, ben voyons, qu’il faisait dans la dérision et l’humour)… Cet ivrogne déchaîné s’appelle Sébastien Lapaque. Il est écrivain. Journaliste aussi, à Témoignage Chrétien si je ne m’abuse. Présentant aujourd’hui pour excuse à son attitude et ses propos son état d’imprégnation excessive éthylique. Comme si cela pouvait en être une, d’excuse. Comme si sous couvert d’alcoolémie avancée on pouvait impunément laisser réapparaître au grand jour le gros con tapis dans la fange.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 30 mai 2010 dans 
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Pierre Pelot
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