dimanche 25 juillet 2010
La loi des séries
Voilà donc que c’est l’été, et semblerait-il, un véritable, un de ceux qui nous cuisaient l’enfance et dont on garde à jamais les souvenirs de coups de soleils et de piqûres de guêpes, les odeurs de foins coupés sur les andins cramés et au fond des granges et des greniers quand la poussière vole dans les rais de soleil. Un été du même style. Avec les cris et piaillements des gamins et gamines qui enguirlandent les abords de la piscine, ponctués d’éclaboussures et de « plouf » en rafales. Les chats qui s’étalent et doublent de longueur dans les flaques de soleil. C’est l’été, l’air tremble, le ciel est d’un bleu de métal vibrant, la vache ! Pas un poil de nuage ! La rivière refoule de la gueule des odeurs prêtes pour la vase, dans les glous-glous discrets de l’eau. C’est l’été, le jeudi soir l’animation qui monte du camping semblerait irlandaise, à vue d’oreille, chaque semaine…
C’est l’été, le temps des brimbelles – qui sont bien petites et maigrichonnes cette année, succédant aux fraises sauvages à foison – pour se faire des dents bleues. Il y aura bien une fois ou deux où on nous classera en zone orange, pour faire comme tout le monde, avec un bel orage à la clef. Ce qui est bien avec les orages locaux c’est qu’ils sont locaux. Toi, tu vois le ciel s’assombrir et tu entends gronder de partout, il te tombe une averse de deux minutes et demi, alors qu’à 4 kilomètres les grêlons fracassent tout ce qu’ils trouvent. Ou vice et versa. C’est moins drôle quand c’est toi le versa, d’accord.
C’est l’été. La coupe du monde est partie, viva los campeones del mundo, les vuvuzelas avec, le tour de France a pris le relais, mais ce n’est pas pareil ? Si ? Les commentaires et les animations régionales de Gérard Holtz… mais bon, allez, c’est l’été, on pardonne tout. Le bois pour l’hiver auquel il faut que je pense, il serait temps. J’ai planté des grosses fèves, qui poussent. On marche nus pieds sur le carrelage, et sur le balcon, à la tombée de nuit, qui a gardé la chaleur du soleil en allé. On boit des panachés. Des litres d’eau qui pique. On rêve de kéfir frais… C’est fantastique tout simplement, l’été. On en oublierait presque les vuvuzelas de l’actualité qui nous cerne et leur concert ordinaire politicard. On oublie toutes les bêtes en cours, les jeunes et les vieilles, hop !
Oui mais voilà. Dans cette euphorie molle que la chaleur assène et insuffle, pointe matière à colère. Je veux parler de FlashForward. Formidable série de SF américaine — une de plus, eh bien oui, mais c’est quand même autre chose que Joséphine ange gardien et Plus belle la vie réunies — que Canal diffuse et, plus tard, TF1 aussi, si je ne m’abuse. Le prétexte de la série : un jour, durant 2 minutes et quelques secondes, l’humanité tout entière est tombée dans les pommes, chacun et chacune de sa population subissant un flash rêvé de sa vie à quelques mois dans le futur. Réveil. Il va falloir vivre avec ça. C’est pas beau comme idée ? Et c’est très bien fichu, en plus. Une première saison de 22 épisodes… qui se termine en cliffhanger, c’est à dire en fin ouverte sur … une attente, genre : vous allez voir ce que vous allez voir, la prochaine saison. Sauf que de prochaine saison il n’y aura point. ABC ayant décidé de stopper la production pour cause de mauvaise audience. La capacité de compréhension du téléspectateur américain est-elle en cause ? Ils nous font coup régulièrement avec les séries de haut niveau, voir Deadwood et Carnival, pour ne citer que ces deux-là – du chef d’œuvre. J’appelle ça de l’escroquerie, tailler de la sorte dans une histoire prévue pour durer. Pas la peine de regarder Canal ou TF1 quand ce bijou sera diffusé, donc : ça ne vous mènera à rien, ne vous laissera que sur votre soif, au 22ème épisode.
Bon, ça va que c’est l’été. Mais quand même. Les bouleaux perdent leurs feuilles déjà jaunies, tiens.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 25 juillet 2010 dans 
Bavardages
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