dimanche 18 juillet 2010
Samedi matin, un homme est parti en voyage
Sans emporter le moindre bagage. Nous laissant sur le quai avec en charge la garde de son souvenir.
Bernard Giraudeau s’en est allé pour une destination inconnue, pour un voyage qu’il avait préparé de longue date.
Nous agiterons nos mouchoirs, comme il convient aux départs des voyageurs, pour lui dire au revoir. Dans l’attente de son retour et de nouveau le côtoyer, l’entendre, partager son regard, le lire. Nous l’attendrons, il finira bien par rentrer.
Ce voyageur-là qui demeure et que je ne dirai pas à l’imparfait a tous les talents, toutes les richesse de cœur et d’âme – il se pourrait bien qu’en ce qui le concerne l’âme existe, qu’il sache en tous cas jouer grandement la comédie d’en posséder une. Ce voyageur est, quand il fait escale, comédien de haut vol, réalisateur de films (qu’ils soient fictions ou documentaires, c’est pareil), et pour couronner le tout écrivain. Je l’aime pour cela, pour sa façon d’être et de dire, et pour le fait que nous avons partagé côte à côte jusqu’à présent des instants, par forcément du temps, davantage que quelques heures effectives. Cet homme en allé nous laisse en guise de bagages en dépôt les livres qu’il a écrits et qui sont des miracles d’écriture, les films qu’il a tournés et qui sont des miracles d’images et d’émotions.
Nous devrions être contents de ces cadeaux et du partage qu’il nous propose.
Nous devrions sourire — c’est son souhait.
Une chose est certaine c’est qu’il ne veut pas de larmes. Allons, pas de larmes sur les quais des départs, mais la mémoire à bras ouverts pour serrer contre nos cœurs en vrac l’ombre de ceux qui partent, la souvenance de leur présence à jamais mêlée à la nôtre.
Où te voilà parti, camarade, je ne sais pas, c’est ton secret. Je ne sais pas si c’est de l’eau pour les marins, de la terre pour les marcheurs, des nuages pour les oiseaux, je ne sais pas, tu es seul en chemin pour cette destination. Je ne sais pas si le vent est de la partie, je te le souhaite bon. Il sera bon, le vent qui souffle dans les voiles est ton complice, ton allié de toujours.
C’est étonnant comme un ciel bleu peut être lumineux dans le sillage que laisse sa noirceur brutale.
Comme un samedi matin de juillet peut être jour d’hiver.
Comme le sourire du voyageur peut être souvenir à jamais allumé, compagnon d’errances éternel, jusqu’au bout.
Et pourtant, non, la tristesse n’est pas moins pénible au soleil. C’est bon pour les chansons.
Ne t’en fait pas pour moi, amigo, ça passera. Avec le temps qui n’existe pas. Qui nous reste dans l’attente.
Vaya con dios, disent certains des hommes parmi lesquels tu a fait tes escales. Vaya… nous t’attendons.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 18 juillet 2010 dans 
Bavardages
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