dimanche 27 juin 2010
Bande de sales gosses
Ils jouent dans la plus belle cour de récréation qui soit. Ils ont ce privilège, que leur a valu leur talent au temps où ils le montraient, leur mérite, quand ils étaient garnements sympathiques, quand, en pleine ascension, ils aimaient par dessus tout jouer, jouer au ballon. Quand ils aimaient tellement jouer qu’ils jouaient comme personne. C’était avant qu’ils deviennent, mal éduqués sans doute, méchants garçons, sales gosses de riches dans leur bulle, oublieux du reste du monde pour juste se situer au-dessus. Sans souvenirs ni savoir-vivre, vides de cet apprentissage-là qu’ils n’ont peut-être pas eu loisir de suivre correctement. Des gosses-rois que des montagnes de fric ont sans doute pervertis, primordialement soucieux de s’élever toujours plus haut sur les cimes de leur paysage bancaire. C’est ainsi qu’ils se montrent. L’image qu’ils donnent et qu’on reçoit. Des mauvais garnements chamailleurs dans une belle cour de récré, qui nous parlent de leur conception de l’honneur et du fameux maillot avec ces mots pêchés dans les discours stéréotypés d’homme politique, utilisant tous les clichés assortis… Les caïds, les rois du pétrole, la bande de morveux dans leur salle de jeu fastueuse, obéissant à des réactions de morveux quand l’horizon s’assombrit.
Et voilà que, l’adversité se levant, non seulement infoutus de faire correctement ce pour quoi ils ont été hissé si haut, voilà que, braillent-ils, un traître fait son apparition dans leurs rangs ! Un traître! Un bienvenu coupable par qui l’honneur est tombé. Un sale cafteur… « M’sieur, m’sieur, Machin m’a traité ! » etc. Là est le vrai drame, le véritable responsable ! La chasse au traître est ouverte ! Et quand on le trouvera… Car, donc, à entendre les pleurnichards, tout ce qui se passe dans ces vestiaires de leur domaine réservé n’est en rien révélateur, du moment que ça n’en sort pas… Qu’ils se comportent dans ce domaine réservé comme ce qu’ils sont, nazes de chez les nazes, n’a strictement aucune valeur, tant qu’on n’en sait rien au dehors. CQFD. Les vilenies vampiriques ne supportent pas la lumière du jour. Toute la différence se trouve entre le su et le caché…
Et là : entrée en scène de la ministre missionnée (laquelle, que nous avions pu voir en maillot bleu avachie devant sa télé pour suivre un match, en direct – ne lui manquait que la cannette de Kro), la ministre disais-je, missionnée pour gronder les gamins. Qu’elle rencontre et à qui elle fait la leçon, après quoi nous raconte comment elle leur a dit les yeux dans les yeux qu’ils n’étaient plus des héros, concluant, triomphante, qu’ils ont pleuré… L’histoire des sales gosses devenus riches qui jouaient aux super héros dans une trop belle cour de récré, après le tristement lamentable, s’enfonce, avec l’irruption du politique, dans le ridicule achevé.
Achevé ? Non point. Les lignes ci-dessus, cher téléspectateur, furent rédigées la veille du désastre accompli. Depuis, le feuilleton de l’été est lancé, le ridicule sus-mentionné s’apprête à gravir des sommets. Les indices pleuvent, entre Eric Besson déclarant que « la priorité désormais est la reconquête de l’honneur », sic, Thierry Henry reçu par le grand moniteur de la colo comme un chef d’état sur simple demande (sic) pour moucharder en direct… Mais le grand moniteur n’avait-il pas déclaré, après la main qualificatrice, contre l’Irlande escroquée, du petit Thierry : « Finalement on y est et malgré toutes les péripéties, l’essentiel est de s’être qualifié. » Sic.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 27 juin 2010 dans 
Bavardages
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