dimanche 11 juillet 2010
Des Woerth et des pas mûres
Ho la la… Je ne sais pas les gens, les autres, mais moi je trouve ça fatigant.
Les médiocrités en cascades et à la pelle nous cernent, nous assiègent de toutes parts, dés qu’on tourne un bouton, qu’on appuie sur un autre, qu’on ouvre un journal, un magazine, qu’on regarde un écran, qu’on surfe sur les vagues du net… Partout. L’été va être peut-être caniculaire, c’est possible, mais ce qui est sûr c’est que dés maintenant il est lourd. La petitesse a le pouvoir (dans tous les sens du terme) d’être rudement pesante.
Coup d’envoi avec le foot – je veux dire la coupe du world, les pitreries de l’équipe de France et toute cette parade accompagnatrice de nullités en grande pompes avec en tête du défilé pris en marche notre incontournable, indicible et spectaculaire Roselyne, pharmacienne bombardée ministre des sports comme chacun sait, et comme moi je pourrais être nonce apostolique, qui baisse le rideau sur un discours (plusieurs) d’une rare indigence et d’un étonnant ridicule plus que brut de décoffrage… Reprenons notre respiration. C’est à cela qu’on en vient : le brut de décoffrage. A cette espèce de très ordinaire fanfaronnade de la jactance entrée dans les mœurs et les pratiques oratoires de la gent politicienne – politicarde, plus exactement. Cette apparente et tranquille conviction avec laquelle ils et elles font dans la pire démesure et approximation à propos de tout et de rien. Mais qu’ils la ferment un peu ! Qu’ils cessent de répondre, de se croire obligés de réponde à la moindre question qu’on leur pose, qu’ils se mettent en vacance de communication. Avant, avant que soit venue cette ère de toutes les médiatisations dans laquelle ils s’efforcent de flotter comme des poissons dans l’eau — en amateurs pleins de bonne volonté, mais en amateurs quand même, et quand on ne leur demande rien, quand ils ne sont pas dans la distribution de la pièce, ils montent sur scène d’eux mêmes pour des happenings sauvages — … avant tout cela, donc, on ne les entendait pas. Ou peu. Ou quand il le fallait, quand ils avaient des choses à dire, en tant qu’élus désignés par des citoyens pour agir et parler en leur nom. En ces temps antédiluviens, on ne les entendait pas donner leur avis de laveurs de carreaux à propos de la moindre tache sur la moindre vitre, ni de jeteurs d’huile sur le feu à propos de la moindre gamelle dont le cul chauffait.
On était plus ou moins en congés toute l’année, sur ce plan – et ils faisaient leurs trucs, préparaient leur spectacles dans leurs coulisses, ni plus ni moins ni différemment qu’au jour d’aujourd’hui. On n’était pas invités aux répétitions.
Tandis que d’ores… Dans le rôle du super brave homme injustement bafoué, attaqué, laminé, calomnié — mais qui résiste menton fier — Eric Woerth. Et c’est peut-être le cas – que c’est un super brave homme — je n’en sais rien, il est très convaincant. Le voilà qui en prend des rafales de pas mûres en pleine poire, le malheureux. Ce n’est même pas l’événement en gestation qui va faire l’actu, c’est qu’aussi sec toute la bande des copains se dresse et défend l’innocent présumé à coup d’argus et de déclarations toutes plus vibrantes dans l’emphase les unes que les autres. Palmarès de l’interprétation grossière dans le registre de l’amalgame et du n’importe quoi : Frédéric Lefebvre, rapporteur de profession, Morano crocs indignés en avant, le tout-en-sourire Luc Chatel, le rondelet- mordant-brouillon Xavier Bertrand, l’improbable (et pourtant si !) Eric Besson, et jusqu’à, nous ne rêvons pas, NOUS NE RÊVONS PAS, Gérard Longuet, indigné comme pas un au nom de la blancheur d’âme. Et tous les autres de la bande, autour du chef qui se léche les doigts. Tous hurlant sans rire au complot et à la manigance. Et tous, agitant l’argument suprême pour accuser en retour : « la gauche en son temps, elle aussi… »
J’aime bien le « aussi »…
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 11 juillet 2010 dans 
Bavardages
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