jeudi 16 mars 2006
En avant Mars !

 

Même pas peur !

 

Pour commencer

D’abord, je voudrais bien comprendre ce qui pousse Antoine à gueuler de la sorte, sur la plage où il rôtit, ses cris de guerre inlassables. A quoi ça rime ?

Atoll ! Les opticiens ! ! !

Parce que ça fait quand même des mois que ça dure, sa plaisanterie. Pour ne pas dire des années — en tous cas, j’en ai la désastreuse impression. Qu’est-ce que ça signifie ? Il a un chien qui s’appelle « Atoll », et que recherchent des opticiens ? Pour une mystérieuse raison connue de lui seul, apparemment… Et notre Antoine, dans sa chemise à fleurs de quand il était petit, hurle pour prévenir le chien ? Pour que la pauvre bête se planque ? S’échappe… A mon avis la chasse doit durer depuis longtemps. C’est une sorte de situation récurrente. Ça leur arrive souvent, à Antoine et son chien Atoll, c’est pas la première fois, que les opticiens surgissent au beau milieu de la conversation, au beau milieu de n’importe quand. Comme ça. Et alors Antoine braille son cri d’alarme.

Cela dit, je me demande pourquoi des opticiens (le père et le fils ? ou bien une bande ?) en ont après ce clebs. Qu’est-ce qu’il leur a fait ? Il a mordu l’un d’entre eux ? Un membre de la famille ? Antoine et son chien vivent sur une île sous un cagnard de fou (ça se voit sur le rôti facial d’Antoine, le chien on ne sait pas, les chiens de toutes façons ça résiste au soleil) et un jour, par inadvertance ou vengeance ou simple méchanceté, le chien Atoll a mordu un opticien, un de la bande, un petit sans défense, à moins que ce soit le sale gosse qui lui ait jeté des pierres, pour commencer, et si vous voulez mon avis le chien n’a fait que lui rendre la monnaie de sa pierre, au sale môme, les gosses c’est comme ça, tous des sournois, ça commence de bonne heure. Et alors le chien, gnac ! Il a embarqué un morceau de mollet du gamin, ou un morceau de fesse, un steak de chiard, et depuis lors la famille, le clan, la corporation, cherchent à mettre la main sur cette pauvre bête.

Quelque chose dans le genre, à mon avis.

Antoine, depuis, qui est plus haut que son chien, voit arriver les vengeurs plus tôt, de plus loin, et alors il crie à Atoll de se mettre à l’abri. Jusqu’à présent la bonne bête a eu de la veine. Je ne serais pas étonné qu’un beau (ou sale) jour, tout cela finisse par mal tourner. Les opticiens vont élaborer une stratégie, ça leur ressemble, c’est bien dans leurs vues, c’est des sales types, au fond, les opticiens, je ne les vois pas clairs, et alors ils auront la peau du chien, d’Atoll, les salauds, ils lui ouvriront le ventre et ils l’éviscèreront et lui rempliront la cavité abdominale avec des pierres et le jetteront dans le lagon ou ailleurs, dans une piscine, mais je les vois surtout opter pour le lagon, et le malheureux animal se fera en plus bouffer par un requin, y a des requins, là-bas, des tuberons, et du coup le poisson tueur se pétera les dents sur les pierres dans le ventre d’Atoll et ça ne va pas arranger sa fureur. Une rage de dents de requin, il faut l’avoir vu pour savoir ce que c’est. Comme si ces opticiens ne pouvaient pas occuper leurs loisirs à autre chose que courir après les petits chiens, et laisser Antoine tranquille, par la même occasion, il ne parvient jamais à finir de nous raconter ses conneries, c’est vrai, je n’ai jamais rien compris à sa prise de parole. Saleté d’opticiens.

Ils ne peuvent pas tenir leurs gosses en laisse, aussi, comme on le fait ailleurs, dans les endroits civilisés ? On laisse courir les gosses en liberté, sans surveillance, sous prétexte qu’on est opticien, comme si ça donnait tous les droits, oui, ça ne voit pas plus loin que le bout de son nez, oui, tiens. Et ce qui doit arriver arrive : le sale gosse se fait mordre par un pauvre animal canin, ce qui est bien la moindre des choses sous ces latitudes quand on connaît les chiens et les enfants d’humains, tous des petits démons, les démons, et c’est bien fait pour sa gueule, mais allez expliquer ça à des parents, qui ne veulent jamais croire que leur progéniture puisse être de l’extrait de merde, sans plus, et que leur petit garçon mignon eût pu lancer la moindre pierre à chien qui passait à portée de sa méchanceté enfantine naturelle, les parents trouvent ça mignon, en général, de voir leur enfant faire des conneries, c’est comme ça, habituellement, pour le commun des mortels, je ne vous dis pas pour les opticiens ! je ne vous le dis pas.

Heureusement qu’Antoine n’a pas d’enfant, lui aussi, en plus ! Et les opticiens des chiens, à la place. Hou la la. Pas la peine d’aller penser à ce genre de divagation. Pas la peine de dériver. C’est déjà assez compliqué et dantesque et fou comme ça. Incroyable.

Atoll ! les Opticiens ! Et hop, le brave toutou détale de toutes ses pattes, qu’il n’a pas bien grandes, pas bien nerveuses, pas bien nombreuses le pauvre, des pattes de chien, quoi, au bas mot quatre, et il faut faire avec. Tous les opticiens derrière, toute la bande, ça fait combien de jambes, de grandes jambes, ça ? ha la la … Je ne vois que ça. J’essaie de comprendre.

Et voilà que Johnny s’y met à son tour. Il a un chien, lui aussi, ou bien c’est celui de Jade, qui s’appelle Optic 2000 ? Drôle de nom pour un chien. Là je comprends encore moins. Une épidémie ? Une saloperie propagée par les opticiens ? Faudrait qu’on m’explique. Et qu’est-ce qu’elle a sa gueule, à Johnny ? C’est étonnant que des problèmes de vue fassent hurler de la sorte. Moi aussi je porte des lunettes, est-ce que je hurle ?

Par ailleurs

Sinon vous avez remarqué comment le temps est passé, depuis un moment ? A quelle allure ? C’est pas grave, mais ça commence à bien faire quand même. On est là, on fait des trucs, on se penche, et quand on se relève le paysage a changé. C’est l’hiver. Ou bien l’été. C’est plus la même saison, en tous cas. J’aime pourtant bien les saisons. L’ennui, c’est qu’elles se succèdent. Là, quelques unes sont passées en douce. J’étais ailleurs. Dans un livre. J’en reviens, et quand j’ouvre les yeux, quoi ? une grippe aviaire, un de Villepin Dominique, un Sarschyzo en pleine crise (et ça dure !), un joli petit bordel en somme, un peu comme c’était déjà avant que je baisse les yeux, mais ça s’est étoffé. Quoi encore ? En vrac. Des « événements » de banlieue, mon anniversaire (mon épouse m’a offert des bottes), Noël, la nouvelle année, comme la vieille mais en plus neuf.

L’Ombre des Voyageuses (c’est le titre)

J’ai écrit un livre, une histoire. C’est fini. Voilà. Ça s’appelle L’Ombre des Voyageuses. C’est une histoire que j’aime beaucoup. Je ne suis pas mécontent. Elle sera sur les étals le 1er juin. Ça va péter. Sans blague. Je n’en dirai pas plus. La couv est en projet. Ça pourrait être ça. J’aime bien et à la fois je ne sais qu’en penser. Mais j’aime bien.

L'Ombre des voyageuses

C comme Ça

Bon alors c’est comme Marie-George Buffet. Chère madame Buffet. Si je puis me permettre : Gouvernement, pas Couvernement. Vous n’imaginez pas à quel point ça m’énerve.

Ce matin je me lève, je descends, j’allume la télé, LCI, les infos, je déjeune — thé noir sans sucre, corn flakes avec lait sans sucre — et il faut que je vous dise : j’ai une bouilloire idiote, une saleté, qui fait un bruit d’enfer dés que posée sur la flamme du gaz. Dans les livres, on dit que ça chante, en réalité ça grésille, ça chuinte, ça fait chhhhhhhhhh. C’est pas forcément que l’eau est chaude, non, c’est qu’elle chauffe, dés que posée, dés qu’allumé le gaz, je vous dis, paf, ça chante… et c’est au point que je n’entends plus la télé dans la pièce à côté. Chaque matin ça m’énerve. je commence très mal la journée. J’envisage de changer de bouilloire. Retrouver la simplicité bon enfant des bouilloires d’antan, en métal simplement chromé, avec un couvercle, pas de ces becs siffleurs qui ne sifflent pas avant des plombes et se rabattent au moment où on verse, une brave bouilloire sans fioritures, anonyme. Alors je lis, je parcours un magazine, en attendant que ça chauffe vraiment, et au bout d’un certain temps, 5 / 10 minutes, j’éteins le gaz, ça fait un bien fou, le silence – et de nouveau j’ouis la télé et les infos qui passent en boucle.

Ce matin Pierre-Luc Séguillon reçoit Marie-George. Ils causent. Elle ne dit pas de bêtises, en général. On l’écoute comme tous les invités de Pierre-Luc : d’une oreille distraite, dans le bruit que font dans votre crâne et au dedans de vos oreilles les corn flakes qu’on mâche. C’est comme ça. Et là paf ! elle y va (je m’y attendais !) à mort : le Couvernement… Marie-George prononce le G de Gouvernement comme un C de Couverture. Je ne sais pas pourquoi. Les autres « G » ne lui font pas soucis. Elle les garde pour ce qu’ils sont. No problémo. Gargamel, Galurin, Godasses, Guépéou, Guatémala, Gorgonzola , Galeries Lafayette, Garibaldi, Guest star, Galucha, Goupillon, ça passe comme des lettres à la poste. Mais Gouvernement rien à faire. Couvernement… Mystère. Un de plus. La vie est pleine de ça. Déjà Jacques Delors, vous n’aviez pas remarqué, de son vivant ? Couvernement, lui aussi. C’est une maladie ? C’est comme les gens qui disent haut et fort pour faire les malins « la gente féminine » … Est-ce que quelqu’un connaît Marie-George Buffet, perso ? Un ami, un parent, un collaborateur, une vieille copine ? Est-ce que vous ne pouvez pas le lui dire ? Gou ! pas Cou ! Ça me gâche tout ce qu’elle dit. C’est pas des blagues.

Quenottes et raie sur le côté

A part ça, Douste-Blazy a toujours l’air aussi tarte. Ça lui va pas, les dents qui poussent. Avec ce qu’il dit. Quand il dit. C’est terrible. Ce mec remplace les G partout, et toutes les autres lettres aussi. C’est d’un creux abyssal, et ça se voit. Pauvre Douste. Quelqu’un ne peut pas lui dire de se taire ? Mais il n’est pas le seul, je sais.

Quelle époque, hein ? Moi, en ce qui me concerne, je serais plutôt désespéré, par moment. Ça va que ça me fait rire.

Boulemiche

Je suis passé il y a trois jours sur le Boulevard St-Michel – c’est là que gîte mon éditeur. Je suis allé voir les représentants. C’était sympathique. Ils avaient lu pour beaucoup mon livre nouveau, et aimé, en plus. Je suis donc passé devant la Sorbonne. Là, je vois à la télé que ça a frité, précisément là où je suis passé il y a deux jours. On ne respecte plus rien.

Ça me fait penser que je voulais dire haut et fort mon salut à François, qui est le chef des représ.

Sinon, je n’avais jamais vu autant de CRS à Paris, dis donc. Ils attendaient l’événement. Des robocop avec des épaules caoutchoutées comme ça, de large. Tu vois que ces gens-là ne sont pas là pour rigoler. Pourtant j’en ai vu trois qui rigolaient. Un des trois racontait quelque chose et les deux autres riaient. Oui. Comme des humains. Je suis passé à côté, j’ai entendu : « …et le connard tu sais quoi ? il me répond, non je ne sais pas, m’sieur… » Les autres morts de rire. Je n’ai pas voulu traîner pour essayer d’en savoir plus. Ça l’eût foutu mal. Tournicoter l’air de rien, non non. Alors je suis passé. Ils rigolaient comme des bossus. Des hommes, je vous dis.

Katie en boucle

J’écoute Katie Melua en boucle J’aime beaucoup. Je suis comme ça. Ça m’inspire.

L’hiver a été rude, alors ? Mais là ça fond. 2° ce matin, quasi l’été.

Nous sommes un nouveau jour. Vendredi. Ce matin comme d’hab quand ma bouilloire s’est tue, j’ai entendu un bout des news, à commencer par les dégradations sur la Place de la Sorbonne et dans les environs. Toujours les même hordes de petits cons à l’ouvrage. Les vrais petits cons. Pas glorieux du tout. Pas admirables du tout. L’incarnation de la connerie juvénile. C’est à dire la bêtise. Le degré juste avant les prémices de l’intelligence. Des singes le feraient pas. C’est normal, les singes sont des singes.

J’écoute Katie.

Le baron Mortimer vous salue

Baron Mortimer

Météo, mets tes bas

Aujourd’hui, vendredi 17, il fait froid, sec, soleil, beau. Très froid.

Cinochema

Ai regardé hier soir Séance, de Kiyoshi Kurosawa. Je ne trouve pas mieux que le cinéma asiatique pour ce qui est de nous donner des petites merveilles dans le genre fantastique. Intelligent, bien fichu, beau. Et diablement efficace, qui plus est. Sans esbroufe, sans effets terriblement spéciaux. Du bonheur, en somme.

Tête à téloche

C’était hier, hier matin, ma bouilloire s’était tue depuis lurette belle, qu’est-ce que je faisais ? Je préparais des rouleaux de printemps avec un peu d’avance sur la saison, certes, mais bon. J’en étais à rouler les galettes humides. Évidemment, la télé était allumée et voilà que j’entends une émission sur la littérature, avec Raphaël Sorin, François Busnel, je ne sais plus qui d’autre, et Bernard Werber, l’écrivain invité… Ça a failli me gâcher mes rouleaux… Bernard Werber que je connais vaguement, que j’ai croisé, que j’ai essayé de lire, avec qui j’ai raconté des bêtises, voire rigolé… comment peut-il avec une telle sérénité dire de pareilles bêtises ? S’ériger en donneur de leçon avec une telle véhémence tranquille ? Asséner des inepties avec une telle conviction ? Comment peut-il écrire aussi mal et aussi nul et aussi sans intérêt avec une telle fougue ? Eh bien il l’a dit. Il l’a expliqué – le mode d’emploi pour la fabrication du produit destiné au cher client au service de qui l’on est. Sa conception du respect, sans doute. Sa méthode de vente, assurément. La confusion basique entre qualité (un minimum) et quantité (un maximum). Nous n’avons donc pas les mêmes valeurs, c’est certain, ni la même planète. Sorin l’a gentiment remis en place, c’était agréable à entendre, ça m’a remis un peu, à moi, le printemps sur pieds. J’en ai fait des nem.

N’empêche, ça persiste et ça gripaviairise, les Werber, les Levy, les pétasses enfiévrées de la culotte, sans parler des filles et des fils de, des veuves, des présentateurs de tv, de ce monde-là, dans les librairies. Des fois, ça fait honte. Et leur clients avec.

Me voilà fatigué, tiens.

Je pars.

Hasta luego.

 

PS : Une loi est passée, si j’ai bien compris, qui va punir les téléchargeurs. Je vais de mon coté suivre l’exemple et sévir contre tous ceux qui lisent mes bouquins sans les avoir achetés, ceux qui prêtent, les malandrins, ceux qui empruntent et achètent dans les vide-greniers, même ceux qui se font raconter ! ! ! Ça fait un peu trop longtemps que ça dure, ce cirque ! Faut que je trouve un moyen. Que je réfléchisse. Tout ça n’est pas simple.

 

 

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