lundi 24 septembre 2001
Blood Freak

 

Il y avait des brouillards matinaux… Qui se sont levés, sagement dés qu’ils pressentirent qu’ils ne seraient plus matinaux bien longtemps et afin de ne pas se prendre pour ce qu’ils ne sont pas. Maintenant, soleil. Soleil d’automne, comme je les aime, sur les premières feuilles jaunissantes et une odeur de froid qui persiste en rampant. Voici venir ma saison préférée, à la suite de cette période de jonction mal définie, après l’été, qui vous flanque le blues facilement si vous n’y faites pas attention. Il faut se méfier, en règle générale, de la fin Août et du début septembre.>

Vide-grenier hier après midi. J’ai trouvé pile ce que je cherchais: deux tiges filetées avec volant, de quoi équiper les deux presses que j’avais projeté de faire — une presse à lisser, et peut-être un étau, à adjoindre à l’établi en cours. Chouette. Il se pourrait même que dans la foulée je me lance dans la fabrication de papier. Pour la reliure, oui. Ce qu’il faudrait c’est que je gonfle mon forfait quotidien et que je me prenne 37 heures par jour, par exemple. Mais c’est pas donné.

Vidéo - Cinoche

Je ne résiste pas au plaisir de communiquer au monde la chronique qui suit. C’est une chronique concoctée par mon ami Michel Pagel, pour le forum consacré aux nanars qu’il anime. Je ne sais pas si on peut se procurer facile le film dont il est question, je crois que c’est un truc américain en ntsc, une de ces nombreuses merdes dont les boys se nourrissent et nous abreuvent. Quoi qu’il ne soit. Quoi qu’il en soit, l’article de Michel Pagel, guest star de ce bavardage, est à mon avis un petit bonheur. Ou même un grand. Et moi j’aimerais bien en lire plus souvent de ce style dans la presse, ou en entendre à la télé/radio, des critiques de ciné, et même autres. C’est pas Elisabeth Quin.

Or donc accrochons nos ceintures c‘est parti, ça s’appelle: Blood Freak, et c’est Pagel qui parle :

BLOOD FREAK (1971)

Réal : Brad Grinter
Scén : Steve Hawkes

Un bureau. Un homme moustachu, qui tente de prendre l'air docte, nous parle : "à tout moment, on est susceptible de rencontrer un catholique. Et qu'est-ce qu'un catholique ? Quelqu'un qui produira des changements, bons ou mauvais. On peut en rencontrer partout. Par exemple sur le bord de l'autoroute…"

Et qu'est-ce que c'est que ces conneries ? s'interroge le spectateur, tandis que le film proprement dit démarre. A ce stade, on se demande, pour peu qu'on en ait quelque chose à faire, si le film est pro ou anti-catholique. La suite nous prouvera vite que la première solution est la bonne. Donc, Richard, un motard joué par le scénariste lui-même, Steve Hawkes, qui a le look d'Elvis Presley et le regard d'un mongolien, vient en aide sur le bord de l'autoroute à une jeune automobiliste en panne, Claire. Elle le ramène chez elle, où sa sœur, Ann, qui ne voit rien venir, reçoit quelques amis — rien que des sales drogués. Car, oui, affrontons la cruelle réalité, si Claire est une jeune femme très comme il faut et très croyante, Ann est une dévergondée qui fume des joints et qui couche avec des hommes. La première, d'ailleurs, ne manque pas de morigéner sa sœur : "Ton corps est le temple de l'esprit saint. Tu ne devrais pas le souiller…"

Là, j'avoue, j'ai craqué et j'ai attendu un ou deux jours avant de me taper la suite. Parce qu'il faut vous dire que toute cette scène est interprétée par des acteurs dont Ed Wood n'aurait pas voulu et tournée par un réalisateur ayant autant de talent que Pierre Chevalier un lendemain de cuite. Max Pécas, à côté, c'est Orson Welles — et je ne plaisante pas ! Toutes les erreurs de narration cinématographiques sont là, c'est presque une joie de les comptabiliser. En outre, la vf a été réalisée par une bande d'individus lisant leur texte et allant parfois jusqu'à bafouiller. Il est possible que ça produise un effet irrésistible entre potes après un pack de bière, mais tout seul et à jeun, c'est assez pénible.

Ce soir, n'écoutant que mon courage, je me remets la cassette. Et voilà-t-y pas que j'ai droit au cours de catéchisme. Ah, que voilà un film édifiant ! Ou zédifiant ! Pendant cinq minutes, Claire explique les voies de Dieu à ses petits camarades. Chouette. Ensuite, elle emmène Richard chez son père, qui possède semble-t-il un élevage de dindons, dans lequel se trouve aussi un labo avec des savants qui font des expériences. Non, me demandez pas. Comme notre motard est un peu paumé, le papa lui propose de travailler à la ferme, et Richard accepte. En parlant de ferme, c'est ainsi que continue de s'emmerder le spectateur, qui se demande s'il ne va pas renoncer, finalement, quand la vision d'Ann en bikini le pousse à continuer un peu son visionnement. Bien lui en prend, car c'est alors que le film décolle.

Figurez-vous qu'Ann la dévergondée a jeté son dévolu sur Richard. Elle le drague honteusement sans succès, puis tente de lui faire fumer un joint. Il refuse, méprisant. Alors, elle trouve l'argument massue : "Je ne pensais pas qu'un homme aussi fort que toi serait un lâche…"

Traduction : "T'es même pas cap !" Et évidemment, le grand couillon tombe dans le panneau et fume le joint. Je ne sais pas ce qu'il y a dedans, mais ça a pas l'air mauvais, parce que ça se concrétise presque immédiatement par un fou-rire monstrueux, à l'issue duquel a lieu la prévisible partie de jambes en l'air (mais damned ! on voit que dalle). Le lendemain, Richard va bosser à la ferme. Les scientifiques du labo lui proposent de participer à leurs expériences en tant que cobaye : il faut quelqu'un pour manger les volailles sur lesquelles ils expérimentent, afin de vérifier que la viande demeure comestible. Comme il hésite, ils lui proposent de la drogue en plus de son salaire ("Un extra en plus du bonus" déclare finement un des deux). Bon, Richard a fumé un joint la veille, d'accord, mais c'était par bravade ; sinon, depuis le début, il se déclare anti-drogue. Est-il logique qu'il accepte ce marché ? Non, mais par contre "C'est Dans Le Script". Donc il accepte. Le soir même, après le boulot, paf ! crise de manque ! Comme chacun sait, quand on fume un joint, le lendemain à la même heure, on fait une crise de manque. Toutes les notations concernant les drogues diverses sont d'ailleurs consternantes. "T'as sniffé de l'opium, ou quoi ?" demande un personnage, à un moment. A mon avis, le scénariste se shootait à la colle.

Bref, Richard est accro ! C'est affreux ! On appelle le dealer local, Jim, qui fournit un nouveau joint, et notre héros se sent mieux. Il empoigne l'affreux Jim, lequel a l'air aussi veule que Gainsbourg dans un peplum italien, et qu'est-ce qu'il fait ? Il lui casse la gueule ou il le bute avant d'aller se faire désintoxiquer ? Pas du tout : le vertueux Richard informe le vilain Jim que puisqu'il l'a accroché, il est bon pour le fournir gratuitement, ou que sinon panpan cucul. La psychologie de ce personnage est d'une cohérence rarement atteinte au cinéma.

Et le lendemain, retour à la ferme. Richard se tape une dinde rôtie fournie par ses nouveaux employeurs. Et presque aussitôt, il est pris de convulsions. Les scientifiques, dont on commence à soupçonner qu'ils ne travaillent pas tout à fait dans la légalité (mais ce point ne sera jamais explicité), paniquent et le laissent étendu dans l'enclos de la ferme jusqu'à la nuit. Et lorsqu'il s'éveille, Richard a…

Je profite de cette occasion pour rappeler une règle importante : dans un film de série Z, quand un personnage mange, boit ou absorbe de quelque autre manière une substance liée de près ou de loin à un animal, de deux choses l'une ; a) il conserve forme humaine mais acquiert les pouvoirs de l'animal en question, ce qui lui permet souvent de faire une honorable carrière de super-héros b) il se change en un monstre basé sur l'animal. C'est bien entendu b) qui s'applique ici.

Quand il se réveille, donc, Richard a une tête de poulet. Enfin… de dinde, sans doute, mais on dirait un poulet. Non, d'ailleurs, ce qu'on dirait vraiment, c'est une espèce de casque en carton pâte sur lequel on aurait collé des plumes et un bec en plastique. Mais bon, ça évoquerait plus le poulet que la dinde, quoi…

Premier réflexe de Richard (vous auriez le même, à sa place, je suis sûr) : aller retrouver sa petite copine, Ann. Pour expliquer son aspect quelque peu surprenant, il lui fait lire une note racontant ce qui est arrivé. Réaction de la nana : "Mais enfin, Richard, si tu restes comme ça, que se passera-t-il si nous nous marions? A quoi ressembleront les enfants ?" Et ainsi de suite. Ce passage est authentiquement à pleurer de rire.

Il n'en reste pas moins que non seulement Richard a une tête de poulet, mais qu'en plus, il est en manque. (Eh oui, le joint fatal…)

Ann, un brin affolée quand même, appelle sa sœur et lui demande de passer la voir très vite. Le scénario a dû changer en cours de tournage, parce qu'à la scène d'après, ce sont deux copains qui arrivent : de sales drogués barbus et chevelus. On leur présente le Richard nouveau.

Ils font "ah…" Et puis on ne les reverra plus, c'était juste histoire de passer trois minutes.

Là-dessus, notre héros un brin gallinacé, rendu fou par le besoin de drogue, commence à égorger tous les drogués qu'il rencontre pour boire leur sang. A un moment, une fille témoin d'un des meurtres hurle: elle n'a dû réussir à le faire qu'une seule fois de façon crédible, parce qu'on entend dix fois de suite le même hurlement, au point qu'on dirait une sonnerie d'alarme. Les meurtres sont traités de manière résolument gore, mais gore au sens ou l'entendait Hershell Gordon Lewis : mannequins et peinture rouge. D'ailleurs, quand on sait que dans la version originale Richard se prénomme Herschell, ça donne à penser.

(Hein ?)

Une des victimes du monstre réussit à lui planter un couteau dans la tête, mais ça n'empêche pas le canard d'aller trancher à la scie circulaire la jambe du dealer qui vient d'étrangler Ann après avoir tenté de la violer. Non, cherchez pas de logique dans tout ça, y en a pas. Les personnages entrent dans le scénario et en sortent comme les usagers d'une station de métro.

Bref, enfin, le monstre s'écroule, terrassé. On voit des images d'un poulet décapité. Puis des mains qui déchirent une dinde censée être Richard.

Lequel se réveille.

Ce n'était qu'un rêve.

Merde alors. Arnaque !

Mais le plus beau reste à venir. Bon, Richard n'a pas une tête de poulet, certes, mais il est toujours accro au joint (scusez, j'ai du mal à écrire ça sans rire). Et c'est là qu'arrive Claire, la bible sous le bras, qui déclare : "Prie, Richard ! Demande à Dieu de t'aider dans cette épreuve. Je t'en prie." Et Richard, obéissant, joint les mains, lève les yeux au ciel, et s'exclame : "Seigneur ! Aide-moi !" "Je suis sûre qu'il t'aidera !" affirme Claire.

Sans transition, on se retrouve devant une plage, avec Ann en jolie tenue estivale. Et Richard arrive, fringant, visiblement désintoxiqué. La grâce divine l'a touché. Alleluia ! Les deux amants s'enlacent, s'embrassent, le mot fin s'inscrit sur l'écran, et le spectateur ramasse sa mâchoire inférieure tombée sur le tapis avec un bruit mou.

Ajoutez à cela une bande sonore qui hésite entre le rock psychédélique pompier (si, c'est possible), les bruitages électroniques, et la soupe guitare sèche variétoche, et vous aurez une idée du tableau.

Un tiers "Reefer Madness", un tiers "The Fly", et un énorme tiers « n’importe quoi ». Je rappelle le titre: Blood Freak. Un must !

Fin de la chronique Pagel. Ça incite, non ?

Mon conseil personnel sera de voler la cassette si vous la trouvez quelque part, parce que l’acheter, c‘est limite complicité grave au forfait. Cela dit vous faites comme vous voulez…

Sinon rien

Ou plutôt sinon si, quelque chose : je pars pour quelques jours, trois ou quatre, en milieu hospitalier, c’est pas que ça m’enchante, mais c’est comme ça, et cela signifie surtout qu’il n’y aura pas de suivi immédiat à ces bavardages, pour cette semaine. Et peut-être pas de Bocals en début de la prochaine — mais allez savoir… Ah ben oui.

Le mot du jour que me conseille un camarade

Bergamote

La connerie du jour

Une jeune femme palestinienne a été tuée ce matin par un tireur d’en face. Pardon ? C’est l’inverse ? C’était pas une palestinienne ? C’est une jeune femme israélienne qui a été tuée par… ah bon. Quelle est la différence ?

J’invite le monde entier à observer une minute de silence en hommage à la jeune femme qui ne sera donc jamais vieille, victime de la lamentable connerie d’un humain qui se croyait malin et soutenu dans son bon droit par la lamentable connerie de dieu.

Personne n’ira au paradis.

Invitations

J’invite les centaines de milliers d’américains qui désirent tellement donner leur vie pour leur drapeau à le faire, le jour de halloween par exemple, dans un coin de leur garage ou de leur cuisine, sans faire chier personne.

J’invite les quelques centaines de milliers d’islamistes intégristes qui désirent tant donner leur vie à leur Allah à le faire eux-mêmes et en personne, et que les conseilleurs barbus soient aussi un petit coup les payeurs sanglants, dans un coin d’où ils veulent sans emmerder personne, sinon un peu, du coup, leurs frères en fanatisme américains qui n’auront plus d’ennemi de l’América à découdre…

J’invite, quand cela sera fait, les quelques je ne sais pas combien qui ne croient en rien d’incroyable à boire un coup au grand nettoyage et au paradis sur terre, en tous cas aux premiers débroussaillages du chemin.

Et si on ne peut plus rêver, alors dîtes-le clairement.

Moi, je suis fatigué. L’hôpital va me faire un bien fou.

Hasta luego.

 

 

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