dimanche 15 mars 2009
Raconte pas ta vie
J’ai un citronnier. Dans un gros pot, depuis trois années. A la belle saison il vit sa vie dehors, abrité, sur le balcon, plein sud. Il est arrivé guilleret avec des feuilles et des fleurs partout, même des mini citrons. L’hiver, je l’ai rentré dans la maison. Il s’est mis aussi sec à perdre ses feuilles pour devenir franchement pas terrible et même, par la suite, franchement rien, un bête tronc. Au printemps je le ressors sur son balcon : nada, il passe l’année tout nu. Un ami m’a suggéré de le couper. Ce que j’ai fait. Hop, le voilà qui retrouve une santé, re-dehors au re-printemps, feuilles qui reviennent et lui re-gravissent de toutes parts le moignon. Vigoureux et tout. Sauvé des perspectives de poubellisation dont le menaçait mon épouse qui a la main verte et le verdict assorti, notre ami a eu chaud. Nouvel hiver. Retour aux abris… le voilà cette fois en local tempéré, dans ce qui peut être nommé un atelier, parmi les toiles et les peintures, devant la fenêtre, je serais citronnier je serais ravi. Un bon mois passera avant la chute de la première feuille. Rechute, plus exactement. On m’a tout conseillé, à ce propos, tout diagnostiqué, la température, les frimas, la lumière, que point trop n’en fallait, l’arrosage, que point trop non plus. Etc. Résultat des courses : le revoilà aussi peu citronnier que peut l’être n’importe quelle tête de nœud sur racines et en pot. Je désespère.
Hier soir, c’était cassoulet à la maison. Avec des amis de longue date dont certains ne s’étaient pas revus depuis une éternité. Quand vous invitez des gens, ils vous apportent des fleurs, une bouteille de liquide, des sardines, des bonbons, un cadeau de passage, en somme. On dit merci-il-ne-fallait-pas, c’est la coutume aussi. Eh bien hier soir, un de ces amis ( le conseiller en coupe du citronnier), portait dans ses bras devinez quoi ? Un kumquat. Dans un gros pot. De la famille des citronniers. J’ignorais l’existence de cet individu… Je suis ignare. Me voilà responsable d’un joli petit arbrisseau couvert de fruits rigolos, de type agrume, originaire de chine subtropicale froide. Et je tremble, c’est une sacrée responsabilité, si jamais il ne se sent pas bien chez moi… Je crois que ce serait mieux pour lui, qu’il ne voit pas tout de suite le citronnier déplumé, ça va lui coller un grand coup de bourdon qui risque de ne pas lui faciliter l’adoption.
(Par ailleurs ma banque a remboursé le montant du préjudice causé par les pirates de Paypal.)
Le kumquat va prendre position dans le séjour. Je lui présenterai le citronnier quand celui-ci ressemblera, décemment, à quelque chose. Ça ne mange pas de pain, un peu de psychologie.
Le cassoulet avait de la gueule.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 15 mars 2009 dans 
Bavardages
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