dimanche 22 mars 2009
Mais d'où vient donc Le Gros Papa ?
Au début il n’était pas si gros, mais déjà jaune et blanc, forcément, il n’était rien, juste un rôdeur parmi une demi-douzaine d’autres. Pas de quoi fouetter un chat. Il se pointait à la saison des amours, avec les autres de son état, et dans son état. Un participant actif aux concerts nocturnes. Ça vous ferait parfois monter des violences à la tête, ces sérénades sous la lune. Il était de la bande – quasiment un des pionniers. Le sagouin. Donc, de loin en loin, il s’amenait, il râminait un bon coup, faisait ses affaires et s’en repartait vaquer à d’autres occupations. Vers d’autres horizons.
Quels horizons ? On n’en a jamais rien su.
On continue à patauger dans l’ignorance. On ne se pose même plus la question. Ne vient plus de nulle part qui est pratiquement toujours là. Il a sacrément bien su goupiller son affaire, l’animal. Il s’est insinué. Incrusté. Au début, pas plus ni moins que les autres. Mais petit à petit… On s’est mis à le voir souventement, il avait tendance à rôder même hors-saison. L’était devenu énorme, avec des joues de vrai matou, les marques permanentes de ses bagarres en bandoulière. Sérieusement amoché, des fois, la gueule en vrac. Un castagneur, à l’évidence. L’année dernière, la chatte de la maison était cette brave fille abandonnée recueillie auprès du vétérinaire, à qui il a fait cinq petits. On en a gardé deux. On l’appelle donc à juste titre Le Gros Papa. Il est revenu, après les naissances, voir sa progéniture, et ensuite, la progéniture ayant grandi, il a continué… Il ne s’enfuyait plus à notre approche. Il acceptait notre présence à sa portée. Au fil du temps il s’est mis à nous saluer d’un miaulement guilleret. Donc voilà. Il a passé l’hiver au sous-sol, il va, il vient, il envisage, on le sent bien, d’investir carrément la niche familiale. Il monte la garde, les autres matous qui se risquent dans les environs se font éjecter sans ménagement, il saurait manier la barre à mine il le ferait sans hésiter. Par beau temps il est étendu comme une bonne grosse crevure sur le balcon, ses gnons et ses écorchures au soleil. Dormant en toute confiance, du sommeil du juste. On ne sait toujours pas d’où il est issu. C’est le Gros Papa.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 22 mars 2009 dans 
Bavardages
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