dimanche 18 janvier 2009
J'aime rien
C’est même à se demander si je suis normal. Ou bien c’est l’âge ? A bien y réfléchir non, je ne crois pas. Tout petit, déjà. J’aimais pas grimper à la corde sous le préau, j’aimais pas les visites médicales. J’aimais pas les fêtes de Noël à la mairie, quand après le spectacle on défilait devant Monsieur me Maire qui nous donnait une orange et un Saint-Nicolas en brioche et qu’il fallait dire merci-monsieur-le-maire, je crois que pour le première fois j’ai ressenti ce qu’était l’humiliation. J’aimais pas le calcul mental, ni les habits du dimanche, ni cette paire de pompes jaunes que ma mère m’acheta, une fois. J’ai pas aimé devoir choisir un métier, avant de savoir ce que j’aimais.
Donc ce n’est pas d’hier. Je dois être tordu, d’une certaine manière. Tordu dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Non seulement ça a persisté mais ça continue, ça empire, j’en ai peur. J’aime de moins en moins rien. Ou rien de plus en plus. Et je m’aperçois avec terreur que plus les choses, les gens, les événements sont aimés par un grand nombre, moins je fais donc partie de ce nombre. Le critère du nombre marche à l’envers avec moi. Je ne fais pas exprès. Je me suis juste aperçu de cela.
Par exemple, dans le domaine de la chanson, au hasard des succès et des vendeurs/vendeuses que des centaines de milliers de gens aiment, eux. Delerm. Pour ne citer que le moins tonitruant. C’est un exemple type.
Et parmi les auteurs de livres. Ceux qui plaisent au plus grand nombre ? Oui… eux. Comme se fait-il que je trouve non seulement mauvais mais en dessous de tout et sans l’ombre d’un intérêt un Werber, un Guillaume Musso, un Marc Levi… ces trois-là, par exemple encore, dont si nombreux sont ceux qui les prétendent fers de lances de la littérature ?
J’aime rien de ce que les gens aiment, j’aime pas une tripotée de prétendus humoristes style Bigard, ou Dubosc. J’aime pas Julie Lescaut. Je change de chaîne quand c’est Françoise Laborde, bafouilleuse vulgaire, qui présente le journal télévisé, Drucker me gonfle un tantinet, le baveux Nicos Aliagas m’exaspère dans ses mielleuses interviews… Bref.
Je n’évoquerai pas, l’espace me manque, la bande présidentielle.
J’aime rien mais j’aime des choses, quand même, des gens, des événements, des œuvres, des livres, des films.
J’aime passionnément le Marsupilami. J’aime la réédition de l’intégrale des aventures de Spirou et Fantasio, aux Editions Dupuis, qui sont des albums magnifiques et que je conseille à tous, vraiment, d’acheter.
J’aime le film The Visitor, de Thomas McCarthy, en dvd, qui est un film magnifique.
A la suite d’un précédent bavardage concernant le harcèlement publicitaire en rafale de deux phrases d’une chanson de Bénabar, une lectrice outrée, fan d’icelui, m’accuse de méchanceté à son égard, me reproche de n’avoir pas compris ses paroles, m’assurant que du coup, désormais, elle qui aimait et recommandait mes romans, qui me tenait en estime, fait volte-face et m’abandonne. Voilà comment on perd une lectrice qui ne sait pas lire.
Une prochaine fois je dirai des trucs que j’aime. Parce que certain jour, j’aime tout.
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 18 janvier 2009 dans 
Courrier des lecteurs, 25 janvier 2009
J'aime pas les gens qui n'aiment pas
Je voudrais réagir à la chronique de ce jour de Pierre Pelot : "Je n'aime rien". Je n'aime pas les gens qui n'aiment pas. Et qui plombent notre société en négatif, même si je partage vos inclinaisons. Mais avant tout ouvrons-nous et aimons (tout esprit catho mis à part) ! Vous faites de la nation des boeufs ou des bouffons. Tous ceux qui aiment ce que vous n'aimez pas, vous les aimez ? Même si mon goût est proche du vôtre, pourquoi ce mépris ? Votre "non-amour" en devient presque de la haine. J'attends avec impatience votre prochaine chronique. (Mme Michelle Claudel).
Chère lectrice, l'écrivain Pierre Pelot, qui prête sa plume pour nous livrer sa chronique "Bavardages" dominicale est un homme de l'art, auteur de science-fiction de renom. Il part ici sur un registre délibèrément provocateur (il a bien un coup de coeur, mais pour le Marsupilami, le bipède impayable de Peyo). Pardonnez à l'artiste : il est artiste, n'est-ce pas ? (René Borg).
Une lectrice perdue !
Pierre Pelot a inspiré l'une de nos lectrices, I. C. de Dinozé, qui par une carte postale (mais si !) affranchie avec un timbre figurant Spirou (l'ami du Marsupilami, bien vu l'idée !) lui lance, à propos de sa dernière livraison : "Vous avez perdu une lectrice. Si je ne l'étais pas, vous en auriez gagné une autre !"
Dès aujourd'hui, Pierre Pelot promet de se rattraper, puisqu'il nous décrit ce qu'il aime...
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