dimanche 25 janvier 2009
J'aime tout
Ou presque. Mais pas mal de choses quand même. J’aime un nombre incalculable de choses que la majorité des gens n’aiment pas. Je ne suis sans doute pas, voilà que cela se confirme, un animal social représentatif.
Par exemple j’aime mon dentiste. Son assistante aussi. C’est un remplaçant d’une dentiste qui vient d’avoir un bébé, mais je sens que je vais la bien aimer aussi, quand je la verrai. Dans quelques jours il va m’arracher 5 dents. Eh bien je suis content. Les dentistes qui sont la terreur de la plupart de mes congénères ne m’ont jamais fait que du bien, jamais mal. Je ne vois donc pas pourquoi je me gênerais. C’est comme les cardiologues, j’aime mon cardiologue…
Et mon boucher, aussi.
Mais mon estime, mes inclinations, mon attachement et mon affection ne sont pas toujours bassement intéressés.
J’aime Faulkner (que je ne connaissais pas personnellement ) et surtout ses écrits, je porte au plus haut ceux de Cormac McCarthy. Qui donc connaît Cormac McCarthy en regard de ceux qui se pâment à la lecture de Houellebecq et Nothomb ? J’aime que, dans un autre genre, Jean-Pierre Coffe écrive un livre de « 350 recettes de cuisine pour la famille et moins de 9 euros » et qu’il en vende 700 000 ex. en quelques semaines, oui. J’aime, au hasard, et en vrac, Johnny Depp, Angelina Jolie, Clint Eastwood, Sandra Bullock, Kate Winslet, Kate Beckinsale, Nicole Kidman… J’aime les films de Terrence Malick, les bandes dessinées de Baru, et celles de Loisel aussi, et un million d’autres… J’aime les séries télévisées de la trempe de Wire, The Shield, Les Soprano, West Wind, Six feet under, Carnival, Deadwood, Weeds… Si ce n’est pas aimer tout, qu’est-ce qu’il vous faut ? J’aime Brel, Brassens, Souchon, Olivia Ruiz , Johnny Cash, Norah Jones et Katie Melua et Compay Segundo et le boléro de Ravel, il me semble que ça fait beaucoup, dans l’éclectisme non ? Mais j’aime l’excès, parfois. Au moins autant que la discrétion. J’aime mes chats et ceux des autres et les chats des chats, ainsi que les corbeaux et les poules. J’aime les canards du Jardin du Luxembourg ainsi que ceux sur la rivière en dessous de chez moi, d’ailleurs j’aime la rivière aussi, en dessous des canards. J’aime le lard fumé que fume mon voisin d’à côté de la rivière d’en bas. J’aime la soupe de pois cassés, les orties en beignets, le cassoulet, la cipaille, les brochettes de Saint-Jacques sur piques de citronnelle, les pommes de terre farcies, la paella, le chile con carne, les pâtes. Et le riz. Le gratin dauphinois Je me demande ce que je n’aime pas dans ce qui se mange.
J’aime Johan et Pirlouit. J’aime des tas de gens à qui je ne le dirai jamais, pour simplifier les choses. Je me demande d’ailleurs si je n’aime pas un peu trop dans tous les domaines et dans toutes les directions, au moins autant sinon plus que tout ce que je n’aime pas quand je dis que je n’aime rien. Sans compter tout ce qui me laisse indifférent. Par exemple Mère Térésa, qu’on est tenus d’aimer. Eh bien moi, ni oui ni non, mais je l’aime bien si vous voulez, si ça vous fait plaisir, la brave et sainte femme. C’est comme ces gens qui nous gouvernent et qui sont censés être au-dessus du lot, au hasard encore : Roselyne Bachelot et ce qu’elle profère avec tant d’assurance. Manquerait plus que ça, tiens, que je sois sensible au glamour et aux étoles de Roselyne Bachelot, aux jappements et coups de dents de Nadine Sorano, aux compétences mathématiciennes de Xavier Darcos, à la grande sagacité vertueuse de Christine Boutin, aux capacités de droite fidélité de Eric Besson, et tout un tas de valeurs incarnées par ces gens de la bande… et pourquoi pas aimer Dieu, aussi, pendant que nous y sommes…
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 25 janvier 2009 dans 
Bavardages
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