dimanche 01 février 2009
Vocations matinales
J’entendais aux news matinales tout en sirotant un excellent thé vert fumé qu’un ami m’a ramené en droite ligne du Laos, eh oui, j’entendais, donc, qu’un lycéen, je ne sais pas de quel lycée, demandait à JF Copé avec qui il devisait (au cours évidemment d’une rencontre tout ce qu’il y a de médiatiquement organisée, la télé était là, ce n’était pas un truc, comme ça, du quotidien ordinaire de ces deux là, le lycéen et le parlementaire n’ayant pas fatalement l’habitude quotidienne de discuter le bout de gras ensemble …) demandait donc, le lycéen au parlementaire : « A quel âge avez-vous eu envie pour la première fois d’être président de la république, Monsieur Copé ? ».
Non pas président du groupe ump ou de je ne sais quelle autre onomatopée, non, président de la république. Et l’autre de répondre sans hésiter : à 8 ans. Crac. A 8 ans, sans rire, Little Copé s’est dit : « Quand je sera grand, moi je sera président de la république, na ! » A 8 ans il savait ce qu’était un président et une république…
En admettant qu’il ait eu des lacunes sur ce plan, en gros il voulait être chef de la France et des Français, et pouvoir dire à tout bout de champ quand il serait assis au sommet : « Les Français veulent ceci et cela, pensent ceci et cela, on envie de ceci et cela ! » Parce que — je vais digresser un brin — les hommes et femmes politiques ont ceci en commun, c’est un don ou une tare, au choix : ils savent, tous et toutes, ils SAVENT qui SONT les Français et ce qu’ils veulent, pensent, espèrent, etc. LES FRANÇAIS, tous les Français, soit quelques millions d’individus, d’individutes et d’indivisibles, le leur ont dit dans le creux de l’oreille en confidence ou en criant un peu. Et tous les hommes et femmes politiques disent à un moment donné dans leurs discours : « Les Français et Françaises … et gnagnagna etc. » ce qui est le symptôme irréfutable de la démagogie politicienne et de l’évidente fausse-culterie (de faux-cul), je m’excuse bien. Quand vous les entendez commencer une phrase par « Les Français… » vous pouvez décrocher, aller faire pipi ou à la pêche, parce c’est signe qu’ils s’embarquent dans l’entubage de leurs chers concitoyens que nous sommes, nous, les français, sans majuscules, réduit à une espèce de concept oratoire. Fin de la digression..
Petit Copé donc veut être PdlR quand il a 8 ans. On ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est un signe inquiétant. Comment peut-on sans inquiéter avoir ce genre d’envie-là quand on a 8 ans ? A 8 ans on est ouvert au monde, on espère que le monde est et sera beau, non ? on a envie de rigoler et de s’endormir longtemps encore avec son nounours, je ne sais pas, à 8 ans… C’est comme ces enfants qui ont envie, tout petits, d’être juges de paix, quand ils seront grands. J’en ai connu, sans rire. Ou notaires, conseillers fiscaux, ministre en charge de la mise en œuvre du plan de relance, ceux qui rêvent, quand ils seront grands, d’être traîtres, ou Eric Besson, ou Président de la banque centrale européenne… Je ne sais pas. Ça me semble douteux, tout ça. Mauvais signe.
A 8 ans, on voudrait plutôt être pompier, non ? à cause de la voiture rouge. Pilote de course, à cause du bruit… Explorateur, pirate au 17eme siècle, Robin des Bois, Peter Pan, menuisier comme papa, poseur de pied sur la lune ou sur mars, des choses impossible et hors de raison mais qui sont tout une charge d’espoir et d’ambitions folles. On a pas envie du pouvoir, sinon celui à exercer sur soi, joliment ébouriffé, certainement pas sur les autres avec le prétexte du don de soi assorti qui va pousser plus tard, à l’adolescence…
Ça me sidère un peu, moi qui, à 8 ans, voulais être Kirk Douglas, le trappeur dans le film La captive aux yeux clairs, ou bien, aussi Geronimo…
Pierre Pelot
Chronique parue le dimanche 1er février 2009 dans 
Bavardages
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